Loïc, on aime bien, on aime beaucoup même (cf. Loïc x Marc, l'article).
Et Loïc Prigent a ouvert sa chaîne YouTube il y a peu. Il était temps.
On a binge-watché le premier jour des vacances et on est accro.
La chaîne propose des shows, des fittings et du backstage à vous en donner le tournis, tant et si bien qu'à la fin, on tutoierait bien les mannequins.
Ce matin (en réalité, il était midi; vacances; joie et volupté!), en boulottant nos crêpes sans lactose , on lance YouTube et une vidéo de Loïc nous attend sagement.
Titre énigmatique: "SIMON EXPLIQUE JACQUEMUS". On clique et on reste là, hypnotisée pendant vingt-huit minutes et cinquante-sept secondes par l'excellence et la rareté de ce qui est proposé: Simon Porte Jacquemus en voix off de son propre défilé Printemps-Eté 2020 intitulé "Coup de soleil" in extenso, guidé par les requêtes tour à tour pertinentes et faussement candides de Loïc.
A la fin, on en vient même à se demander s'il s'agirait d'un leak, d'une erreur...
Mais enfin, un créateur qui livre le genèse de son oeuvre avec tant de simplicité et sans chichis... proprement inconcevable en 2019...
Bref, on vous conseille vivement de regarder... et de vous abonner.
La vidéo “Spirit” nous transporte déjà dans l’univers d’un classique remis au goût du jour et dont l’afrocentrisme désormais pleinement assumé nous ravit.
La mode est au cœur de cet hymne à l’Afrique.
Outre les chorégraphies clairement inspirées du folklore africain, exécutées à Havasu Falls dans le Grand Canyon, et les prises de vue rappelant les riches paysages du continent, le choix des costumes rend un vibrant hommage à la culture panafricaine ainsi qu’à ses diasporas.
A l’image de la production de Black Panther, Beyoncé, productrice déléguée de la bande annonce du Roi Lion a tenu à collaborer avec des créateurs africains, dont la sénégalaise Sarah Diouf, créatrice de la maison “Tongoro Studio,” dont elle arbore le tailleur noir et blanc dès les premières minutes du clip, créant ainsi un contraste saisissant avec la débauche chromatique alentour.
L’ensemble du stylisme a été chapeauté par Zerina Akers avec qui Beyoncé a déjà travaillé lors du Global Citizen Festival en Afrique du Sud il y a maintenant un an.
D’autres pièces ont également retenu notre attention.
La redingote à traine et manches bouffantes parme et ocre et son bustier en latexsont des créations de la maison Valentino (printemps-été 2019).
Le brésilien Alex Navarro de la Maison Alexandrine et la new-yorkaise Laurel De Witt signent la robe en cauris blanche, une référence à la divinité yoruba Yemoja, Orisha et déesse de l'eau.
La robe tricot chartreuse rehaussée de plumes a été confectionnée par le canadien Mark Fast.
La combinaison bleu nuit, dont les franges dansent au rythme de tam-tams inaudibles, est aussi une création de Laurel de Witt.
On note également le caméo de Blue Ivy, la fille de Beyoncé et on se dit, au passage, que le charisme est bel et bien héréditaire...
Cet article, en partie
analeptique, aurait dû être écrit il y a longtemps déjà et appartient de fait à
mon stock inépuisable de projets inachevés. La faute à mon penchant prononcé
pour la procrastination, qui n’est après tout qu’un symptôme d’un perfectionnisme
maladif.
Me voilà rassurée. Et vous
aussi, du coup.
C’était en 2015, et pour
tout vous dire, je ne saurais trop expliquer comment j’ai atterri sur le site
de la marque parisienne. Mon obsession pour le wax commençait à prendre de
la place et j’ignorais alors que j’allais me lancer dans la couture pour que de
passion, elle se mue en état d’esprit.
Rarement minimalisme ne m’avait semblé aussi pléthorique: une infinité de tops (à
l'époque) dont la variété chromatique suffisait à nourrir mon nouvel appétit
textile et que je décidai de découvrir en personne, à la rue Myrha dans le
18ème, ignorant qu’à cette époque-là déjà, les pièces Maison Château Rouge
s’arrachaient comme des petits pains et qu'il y avait urgence.
Le siège de la Maison, une œuvre en soi, valait bien le détour, tant il
illustre à merveille le paradoxe qui fait tout le charme de la marque. Si
« Maison » dégage des accents de luxe, « Château Rouge »
sonne quant à lui comme un hommage au quartier dans lequel l’entreprise est
implantée: une bulle d’Afrique greffée dans Paris, où la greluche
nostalgique de sa terre natale, se plait à flâner au milieu des marchands
affables et affairés et des échoppes dégueulant leur marchandise sur des
trottoirs bondés, que d’aucuns qualifieraient de pittoresques mais qu'elle
trouve tout simplement authentiques. C’est ce charmant syncrétisme que la
marque, qui est aussi une association créée par Youssouf et sa clique, célèbre en sollicitant les artisans
locaux dont les talents subliment des tissus chamarrés, eux aussi fournis par les commerçants du quartier. Acheter MCR, c'est aussi une bonne action. J'aimais également qu'il faille s'aventurer dans ces faubourgs
délaissés pour goûter aux nouvelles tendances et que ces tendances se présentent justement sous la forme de tops flanqués du nom d'un quartier populaire encore stigmatisé.
Depuis, MCR, qui n’en était déjà plus à ses balbutiements, a fait du chemin: la
gamme s’est étoffée et de collaboration en collaboration (Google, Merci Paris,
Le Bon Marché), elle a su se faire un nom.
Et ultime consécration: MCR a proposé il y a peu une collection capsule chez Monoprix, sur laquelle je me suis
évidemment jetée dès sa mise en ligne et dont le succès est éloquent!
* "de vestibus", ou l'art hasardeux de ratiociner en vain, pour la bagatelle!
[ "Vaines bagatelles
qu'ils semblent être, les vêtements (...) changent notre vision du monde et le point de vue du
monde sur nous." - Virginia Woolf ]
Tu sors de chez toi. Tu rases les murs. Il est 9h33, samedi.
Tu as rendez-vous chez la coiffeuse.
Autrement, tu serais au fond de ton lit, profondément endormie ou
entre limbes et éveil, à l’écoute d’un podcast
ou des errements de ta pensée dispersée; les deux options étant souvent congruentes.
Et typiquement, quand tu as rendez-vous chez la coiffeuse tu oscilles
entre deux extrêmes: l’envie de te mettre sur ton trente-et-un (anticipation d’une coiffure
que tu espères réussie) et celle d’escamoter la partie supérieure de ton
anatomie.
En gros, ce jour-là, tu t’affubles d’un couvre-chef et de ta tenue
préférée du moment.
Ton accoutrement est original, c’est le moins que l’on puisse
dire.
Et plus original encore: voilà deux jours que tu stresses, à l’idée
d’avoir l’air ridicule, d’en faire trop, ce qui est un comble pour qui a sans
cesse la conviction de ne pas en faire assez...
Aujourd’hui, c'est chapeau melon et tu t’es glissée dans une combinaison à la fois moulante et
évasée. Longueur midi, col chemise que tu as longtemps hésité à boutonner
entièrement mais que tu as ouvert sur un coup de tête il y a deux semaines, la
première fois que tu l’as portée. Elle habille ton dressing depuis quatre mois
déjà, ta combi, et c’est la deuxième fois que tu la mets. Il faut dire qu'elle est couverte de
fleurs; un imprimé kimono pas très discret. Et en bas, ce sera
Converse pour confirmer le parti-pris japonisant.
D'emblée, tu penches pour le quolibet et dégaines sans tarder le
classique resting bitch face; moue
dédaigneuse et regard faussement indifférent.
« Superbe! », ajoute-t-on, comme pour lever toute ambiguïté.
Sans la moindre transition, tu sens la vexation poindre. Vexée que l’on complimente cette tenue pétrie d'heureux hasards, alors que d’ordinaire tes toilettes les plus maîtrisées te semblent
passer inaperçues.
Pour finir, le regret t’étreint, à mesure que les regards appuyés et
approbateurs se multiplient : cette œuvre d’art que tu portes, apparemment, est
de fait éphémère; amenée à être tronquée une fois que ta coiffeuse aura remis
un peu d’ordre dans ta tête. Ton chapeau, clé de voûte de cet heureux
carambolage textile, devra hélas, dans quelques minutes, tirer sa révérence.
Alors, tu poursuis ton chemin, en te disant que tu aurais tout de même
pu le remercier, ce monsieur, mué sur ce passage piéton et à son insu, en critique de mode sentencieux. Tu apprendras quelques minutes plus tard, que la coiffeuse est en
retard et que ton exploit connaîtra un sursit inespéré...
"Asseulènn" ou la mise en textile du croisement sous toutes ses formes.
La collection Printemps-Été 2017 du créateur d'origine camerounaise Imane Ayissis'ouvre sur une note sobre: une palette nude à souhait que viennent néanmoins trahir un subtil patchwork ton sur ton et une touche de fantaisie apportée par des baskets aux coloris pastel.
Nous voilà prévenus: c'est bien l'art du syncrétisme textile qu' "Asseulènn" se propose de célébrer, reprenant le même motif, et le déclinant à l'envi, matérialisant ainsi le croisement des cultures, si cher au créateur. Le carreau, qu'il soit d'inspiration écossaise, ou ivoirienne ("kitas"), le fruit d'un méticuleux travail de tye-and-dye à l'africaine aux airs de tartan ou du tissage magistral du "ewe kente", constituera le fil rouge de la collection et conduira le spectateur au carrefour des cultures.
L'association des étoffes sera donc audacieuse et contrastée - pour ne pas dire délicieusement contradictoire - la palette se faisant vibrante au fil des passages et la délicatesse des soies tranchant avec la rigidité des pièces tissées.
On ne pourra également s'empêcher d'admirer l'éclectisme maîtrisé des silhouettes: les coupes sagement droites et les dos à l'échancrure raffinée, se laisseront doucement aller à la fantaisie du péplum, des incrustations inattendues de pièces tye-and-dye et de l'enchevêtrement déstructuré de pliages complexes, qui convoqueront bien entendu l'esprit de "Beussanda".
Les jupes seront hautes à l'extrême, se portant à mi-mollet, épousant parfaitement les courbes et combinant à la fois la rigueur du corset et l'opulence des manches caftan.
Les pantalons joueront également sur les contrastes, alternant entre la rectitude de la coupe cigarette et l'exubérance des silhouettes évasées.
La collection se voudra résolument moderne, offrant par exemple une exquise réinterprétation de la veste teddy, surmontant un pantalon à mi-chemin entre cigarette et Harem.
Les manteaux s'envisageront avec des manches kimono, une coupe oversize, et l'imprimé "ewe kente" sera la norme.
"Asseulènn" se jouera également des genres, laissant une grande place aux pièces masculines, qui viendront confirmer la cohérence d'une collection convaincante, servie par des mannequins à l'allure sobre et délicate.
Pari tenu: "Asseulènn" est une belle démonstration de toute l'étendue du talent d'Imane Ayissi, qui une fois de plus, a su nous faire voyager de culture en culture, tout en restant fermement ancré dans la sienne.
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Pour plus d'informations, se référer à l'article "Imane Ayissi", portant sur la collection Printemps-Eté 2017, intitulée "Beussanda".
Vite, vite, bientôt la fin du mois du
janvier. Je ne pourrai plus vous souhaiter la bonne année, la santé surtout, ni
vous parler des choses que nous autres, les greluches de bon aloi, n'avons pas
du tout aimé en 2015. J'aurais pu vous parler de ce qui nous a plu, remarquez,
mais il faut durcir le ton par ici, couper le robinet à paillettes et à
confetti quelques temps.
La logique aurait voulu que
j'intitule ma liste "les 10 trucs que les greluches ont détestés en
2015", mais c'était bien trop cliché et un peu trop propret (trop pas moi,
quoi, vous en conviendrez !).
Et puisque je me méfie du chiffre 9
(je vous en reparlerai à l'occasion) ce sera 11, ne vous en déplaise.
Il devait s'agir d'un article, mais
vous comprenez, j'étais tellement remontée que j'ai décidé d'en faire
une série. Cet article est, de loin, le plus long de la série. Alors, ne perdons pas de temps: entrons dans le vif du sujet.
Le premier truc qu'on n'a vraiment
pas aimé en 2015, c'est l'état des poches de nos manteaux Zara
et consorts. Tout cela vous paraîtra anodin mais il fallait qu'on en parle et que la vérité éclate au grand jour.
Tout a commencé ainsi: on avait décidé de faire
du manteau une priorité pour habiller l'hiver et rompre la monotonie des jours
frisquets. Mais oui, une fois mantelées, les rues froides nous paraitraient
moins hostiles et les journées moins longues (même si techniquement elles le
sont déjà). La modeuse a cherché le manteau parfait, des heures durant,
derrière son écran ou entre deux rayons. Elle pense l'avoir trouvé mais réserve
sa sentence.
Voici donc venu le moment
tant attendu de l'essayage, derrière un rideau, en cabine, ou derrière une
porte fraichement claquée dans le dos d'un livreur surmené auquel elle se
sera montrée agréable et affable mais un peu pressée. Une fois vêtue de
la pièce tant attendue, le regard de la modeuse rompue à la tâche se pose d'abord
sur les épaules (le manteau masculin étant prescrit cette saison, il s'agit là
d'un point sensible, à inspecter avec minutie), puis il atterrit sans
transition sur l'ourlet qui se doit de tomber à une hauteur préalablement
définie par les canons de la tendance en cours (on veillera à appliquer la
formule 3T/4 en 2016, où T représente la taille en centimètres et on arrondira
au dixième supérieur - more is less),
avant de scruter les manches dont la longueur est cruciale et qu'on a pourtant
tendance à négliger. Gare !
Le protocole d'inspection s'achève
traditionnellement par un élégant glissement des mains dans les poches dudit
manteau, induisant un mouvement ample mais précis des pans de l'habit, censé
révéler tout l'à-propos de la coupe. Et c'est bien là que se situe le
nœud du problème. Oui, un nœud justement; ou plutôt plusieurs nœuds mesquins,
serrés les uns contre les autres – zélés, les nœuds - imperméables au moindre caprice
de mode. Le pas ferme et décidé (celui qu'on croit toutes avoir volé
à Naomi) s'arrête net. Et pour cause, les poches sont closes! Le spectacle
s'achève aux prémices de l'acmé. Il nous est interdit de rêver: il faut
alors succomber ou renoncer. L'entre-deux, moment où l'adrénaline atteint son
apogée, nous est refusé.
Car, que signifient ces poches
cousues après tout? Les greluches se sont penchées sur la question dès les
premiers jours de la morte saison. Deux hypothèses se sont alors profilées:
1) Zara et ses amis cherchent à nous
pousser à la consommation immédiate et surtout irrévocable; nous sachant futées
et capables de retourner un article après l'avoir essayé et réessayé devant son
miroir quinze jours après son achat (véridique), ils ont eu la brillante idée
d'en coudre les poches, nous obligeant à les mutiler et ainsi à nous abstenir
de tout retour d'article. Les scélérats!
2) Et c'est bien pire, amis lecteurs :
la grande industrie du prêt-à-porter, consciente de ses failles, cherche à vous
duper. Votre précieuse redingote n'égalera jamais guère les coupes sans concession
des grandes maisons de la mode. Les poches, chers lecteurs, en sont le grand
révélateur. Capables d'alourdir une silhouette, elles déforment l'étoffe à la
fibre grossière et froissent l’ourlet. Bref, on vous vend du rêve qu'un simple
coup de ciseaux finira par briser.
Voilà la modeuse dévastée, contrainte
à une douloureuse prise de conscience qu'elle aurait préféré éluder et dans laquelle
deux misérables fentes textiles auront suffi à la précipiter.
Mais la malheureuse se fourvoie
grandement.
Nous les greluches, avons pris le
parti de l’allégorie. Retour des paillettes et des confettis, s’il vous plaît.
Tout ceci a bien assez duré : nous préférons voir ces poches entravées
comme une simple invitation à laisser poches closes et portefeuilles
fermés.
Abandonnez donc ce énième manteau sur son portant et économisez
quelques deniers.
Trois mois déjà. L'Africa Fashion Week London 2015: le cadre londonien pittoresque et les fantaisies du monde de la mode alliés à la familiarité du contexte nous ont offert une sorte de bulle de wax éphémère, un concentré d’élégance à l’africaine dont j’ai goûté chaque instant (grâce à Motions Hair UK et BlackHairVelvet) et dont je vous parlais d’ailleurs ici. Au-delà du décorum et de l'atmosphère chaleureuse, ce fut aussi et surtout une formidable démonstration de Haute Couture, au cours de laquelle l’Afrique a tenu à prouver qu'elle aussi avait son mot à dire. A l’occasion de cette cinquième AFWL, c’est en effet une Afrique fidèle à son attachement à l'authenticité, à l'ouverture et au brassage qui a défilé à l'Olympia. Et j’étais là pour le constater, subjuguée par cette profusion d’idées parfaitement exécutées et impatiente de poser des mots sur ces harmonieux agencements d’étoffes qu'on dit exotiques.
Il y eut pléthore de collections. Je vous raconte celles qui m'ont le plus inspirée.
C'est sur « Run the World » queLe Ekhaya a lancé sa troupe de mannequins à la conquête du podium. Pluie émeraude sur coupes légères. Une esthétique sixties servie par des couleurs terriennes et tropicales et agrémentée d’accessoires résolument pop. La cape comme fil rouge, le revers en wax pour signifier le « retour à la maison », le retour à soi (« Ekhaya » en Zoulou) et enfin la modernité pour liant : crop tops, carrot pants et shorts fort seyants défendus par un escadron d’Amazones fières dont les coiffures structurées et le salut militaire évoquent une Afrique postcoloniale en transition. Elles seront enfin rejointes par une créatrice au mini afro platine dont l'allure avant-gardiste finira de convaincre le spectateur séduit.
Tumiila. Quelle ne fut pas ma surprise en voyant la frêle silhouette de Tumisola Ladega, la vingtaine, se faufiler sur le podium à la fin du défilé! Trop jeune pour cette explosion de vinyle, ces collages géométriques avec le monochrome pour clé de voûte. Noir blanc et la récurrence du magenta qui trahit le jeune âge de l'artiste. Je reste admirative devant l’exécution parfaite de cette robe blanche bodycon dont la longueur flatte les genoux et qu’une cascade de découpes de vinyle noir doublée de lanières effet bondage viennent parachever harmonieusement. Tumiila est, à n’en point douter, une force montante de la mode africaine.
Selina Beb. Dificile de croire, au lancement des premiers modèles, que Selina fait de l'accessoire. L’alliance du minimalisme à l’esthétique maximaliste du wax brouille les frontières et rend à l’accessoire ses lettres de noblesse. Dans le monde de Selina Beb, capeline tissée multicolore et cascade de colliers fins en wax suffiront à habiller une silhouette blanche épurée et, surtout, à retenir l’attention d’un public qui n’en sera pourtant pas à son premier défilé. On ne peut qu’admirer la prouesse de l’artiste.
AsakeOge. AsakeOge, « la mode » en Yoruba, a placé le jaune au cœur de sa collection et a proposé une version pop du wax, confinant à l'hyperbole: palette technicolor à souhait, fusion de wax et de textiles classiques, subtil jeu de pliage et même du strass ça-et-là. AsakeOge c’est aussi le péplum pour silhouette ; en haut mais aussi au bas de jupes maxi droites donnant des airs de sirènes nubiennes aux mannequins. AsakeOge défie les proportions : un crop aux manches chauve-souris sur un culotte pant évasé et une sorte de redingote dont on aurait oublié les manches et dont les pans se finiraient en une traine vaporeuse, dotée d’une fente démesurée ouvrant sur le minimalisme d’un bermuda blanc et discret. Mention spéciale pour cette silhouette d’un jaune éclatant dont les empiècements en wax vert, fuchsia et orange s’immiscent par petites touches avant de s’imposer et d'annexer le reste de la collection.
Tangerine. Lorsque ce mot s’affiche sur les écrans surplombant le podium, on s’attend à la maturité d’une collection réinterprétant sagement les classiques. Mais les premiers modèles bousculent cet a priori: la palette est certes dominée par le orange, mais ce dernier joue la carte du color block en s’alliant à un rose flambé (nous dirait ce cher Pantone), auquel se joignent au hasard des modèles, un jaune franc ou encore un rose poudré. La silhouette, quant à elle, est maximaliste : fronces, mousseline et superpositions, comme l’illustre un de mes modèles favoris. En somme, Tangerine a réussi à démontrer avec brio que flamboyance et élégance pouvaient se marier à la perfection.
Mafrika. La griffe nous propose du wax sur silhouette de préférence évasée, au col haut et à l’épaule structurée. La palette est éclectique : du wax aux couleurs vibrantes et aux imprimés géométriques, un audacieux embrouillamini textile, à la manière de Stella Jean, une collection qui répond pleinement aux attentes de l’amatrice de wax. On se verrait bien porter chacune des pièces proposées par la marque en cette AFWL 15.
Caroline Beyll est au confluent des cultures. Elle propose des pièces de taffetas aux airs de bazin, des ornements orientalisants et des coupes fifties qui ne manquent pas d’interpeler le spectateur. Le classicisme de la collection séduit par son caractère anachronique et paradoxalement rafraichissant, à l’heure ou le wax revendique sa modernité.
Sifaye Haidar. J’ai griffonné dans mon carnet « le red carpet ou rien ». Sifaye crée pour les grands événements. D’ailleurs, c’est une robe de mariée qui ouvre le défilé. Se succèdent alors une série de modèles taillés dans des étoffes chatoyantes ou lamées et des pièces dramatiques aux décolletés plongeants, aux fentes sans fin, à la transparence décomplexée et aux empiècements judicieusement placés, que le public finira par saluer avec beaucoup d’enthousiasme.
Van Else est asiatique et pourtant c’est le wax qui l’inspire. Cette créatrice haute en couleurs, qu’on a pu remarquer dans les allées du Salon, opte pour une version extravagante du wax : des traines interminables et des cols élisabéthains ou savamment enchevêtrés, des shorts microscopiques surmontés de vestes structurées ou de trenchs idéalement proportionnés. Pari tenu: la première collection de Van Else est des plus convaincantes.
Innocente Messy c’est avant tout un art de la coupe : un plissage subtil, une longueur idoine pour des robes évasées juste comme il faut, des jupes et des pantalons d’une droiture et d’une simplicité compensant opportunément des hauts ceinturés aux manches caftan raccourcies et amplifiées. C'est une célébration de l'élégance intemporelle qu'Innocente Messy a orchestrée sur le podium de l'Olympia.
Que puis-je ajouter? Sinon que la mode africaine a de beaux jours devant elle: en s'inspirant d'une tradition riche et vivace et en restant perméable à toutes sortes d'influences, elle impose peu à peu son esthétique singulière dans le monde fermé de la Haute Couture.
Je suis donc impatiente de voir ce qu'elle nous réserve dans les années à venir...
Londres 2015. Un de mes plus vieux rêves allait se réaliser. Deux fées pour l’exaucer : Aïcha (de la chaîne YouTube« Black Hair Velvet » ) et la branche britannique de la marque capillaire Motions Hair UK, qui avait savamment concocté la magie de mon expérience londonienne; un weekend pour découvrir les différentes facettes d’une véritable Fashion Week et des rencontres inoubliables. Dès le départ, j’ai pris le parti de préserver le mystère de l’événement. Fidèle à ma politique de toujours, je me suis bien gardée de poser des questions, ignorant ainsi que non seulement, j’assisterais aux défilés en VIP, évitant les interminables files précédant chaque show, mais aussi que j’aurais accès aux coulisses et pourrais évoluer dans l’envers du décor. Les bonnes surprises se sont donc enchaînées une à une et c’est avec beaucoup de délectation et unenthousiasme comme toujours impossible à dissimuler que j’ai pris des pages de notes et au moins 1 GO de photos. Je suis doncprête à tout vous raconter (ou presque). Vous venez avec moi ?
London is calling
D’abord, il a fallu prendre un train, un avion et le Gatwick Express. Cette dernière étape est l’occasion pour moi de faire la connaissance d’une dame tout de wax vêtue et d’une affabilité compensant opportunément mon incorrigible timidité. Elle va me conduire sur les lieux en prime: la salle d’exposition Olympia, à Kensington, en plein cœur de Londres. Elle se dit aussi impatiente que moi, mais l’expérience aidant et le flegme étant la norme en cette contrée, ellesait bien juguler son empressement. Elle brosse un descriptif rapide mais fidèle de l’événement, auquel elle a déjà assisté, étanchant en partie ma curiosité. A mon tour, j’évoque à ce vétéran de l’AFWL et Motions , et le blog. Elle promet de venir me voir sur le stand de la marque. La journée commence bien. Arrivée sur les lieux je suis accueillie par une élégante silhouette jaune safran, dos nu et col haut en wax. Je rencontre enfin Aïcha ; comme une impression de traverser l’écran et en même temps des échanges naturels d’emblée. Aïcha me présente Becky (Shand) et Traci, les représentantes de la marque Motions au Royaume-Uni. L’ambiance est conviviale. Mais les préoccupations de greluche prennent vite le dessus. « Je ne suis pas très Fashion Week, là », disait le texto envoyé à Aïcha depuis le Gatwick Express. Il faut y remédier au plus vite. Le temps de monter dans le bureau réservé à Motions ( notre vestiaire / loge / salon de thé / salle à manger / point-recharge-téléphone), de sélectionner une tenue en wax et la Fashion Week, ma Fashion Week, peut enfin commencer.
Décor et personnages
L’Africa Fashion Week London c’est aussi un salon. Des marques triées sur le volet ont été invitées à venir exposer leurs créations. Le wax y est décliné à l’envi : des coupons de tissu pour l’amatrice de DIY cohabitent avec toutes sortes de vêtements taillés dans des étoffes « exotiques » et des accessoires en tous genres (tote bags, headbands, bijoux, et mêmes lunettes de soleil, sacs en cuir travaillé à l’africaine, petits carnets mignons…). De quoi se faire plaisir et faire plaisir.Tant et si bien que la modeuse adepte de wax en a le tournis, ne sachant à quel stand se vouer.
En attendant, je fais plus ample connaissance avec la teamBlack Hair Velvet. Un récent « Sisters’ tag » sur YouTube nous l’avait fait comprendre : Adia et Diabou forment avec Aïcha une fine équipe haute en couleurs, dont l’humour et la bienveillance ont indéniablement contribué à la réussite de ce weekend. Je vous invite d’ailleurs à visiter la chaîne YouTube de Diabou, et si vous êtes Parisienne, à essayer la nouvelle application d’Adia, Ma Coquetterie.
Backstage
"Euh... T'es sûre..?"
A peine le temps d’engloutir mon plat de riz au saumon (glamour, j'en conviens...) et les choses sérieuses allaient commencer. Aïcha m’annonce que nous sommes autorisées à nous rendre en coulisses. Un panneau assez explicite indique pourtant que l’entrée est interdite, même au staff. Seuls les mannequins et les créateurs sont autorisés à y pénétrer. Je suis la silhouette espiègle d’Aïcha et, sur le pointe de mes talons de huit (eh oui, Fashion Week, je vous dis…), me glisse furtivement dans le sérail, là où toute la magie du défilé s'opère.
Quatre mains pour une tête. Avec les produits Motions, on ne plaisante pas...
Partout, de longues jambes croisées élégamment, des peignoirs girly noués gracieusement, du pinceau, de la brosse, de la laque (Motions , bien évidemment) : les mannequins s’occupent ou se font chouchouter en attendant que le show commence. Des portants trépignent dans le fond. Le rêve de la greluche prend vie: une déclinaison presqu'infinie de pièces taillées sur mesure et marquées du nom de leur propriétaire du jour en haut , tandis qu’en bas, un arc-en-ciel d’escarpins vertigineux sagement rangés se dessine.
Portant Le Ekhaya: une de mes collections préférées.
Et puis soudain, un attroupement de mannequins se forme autour d’un homme au charisme solaire, qui semble faire la classe à des disciples attentifs et admiratifs et laisserait tout enseignant rêveur. L’homme en question, Sola Oyebade, est le Creative Director des défilés. Il donne ses instructions avec la bienveillance et la fermeté du maître passionné.
De son discours marqué de rires et d’applaudissements, je retiens qu’une fois maquillé et vêtu, le mannequin n’est pas autorisé à s’asseoir. Pas facile, la vie de gravure de mode…
Je les observe, ces mannequins, dont la joie de vivre donne à ces coulisses quelque peu austères des airs de cour de récré très animée. Téléphones en main, talons aux pieds (sur lesquels on se meut comme on respire, alors que le show n’a pas encore commencé) et sourires systématiques, elles affichent un professionnalisme édifiant.
Cette charmante jeune femme prépare un doctorat de sciences. Greluche, mais pas que...
Un appareil braqué sur leurs délicieuses frimousses et ces demoiselles prennent instantanément la pose, même en pleine conversation, même assaillies par les coups de pinceaux ou de brosse experts d’une maquilleuse ou d’une coiffeuse zélée, même lorsque l’objectif est braqué sur le Creative Director et qu’elles se retrouvent captives d'un cliché inopiné. J’admire cet état de préparation constant. Certainement un de mes meilleurs souvenirs.
Le plus adorable des mannequins posant derrière Sola Oyabede, qui donne ses dernières instructions.
La fille la plus stylée du défilé, dont le regard vous donnerait presque envie de baisser les yeux et qui me rappelle le mannequin français Blivy.
On demande à deux mannequins de poser. Une autre fille les rejoint, puis deux, puis trois. Très vite une photo de groupe est improvisée et les téléphones pleuvent dans mes mains. « Fais m’en une pour snapchat aussi, darling ». Une connivence improvisée s’instaure, ponctuée d’éclats de rire et de « honey ». On se dit qu’on est bien à la Fashion Week cette fois-ci, comme si on en avait jamais douté. Reste plus qu’à voir ce que ces filles qui se seront rendues si attachantes en quelques minutes ont à offrir sur le podium. On les regarderait défiler en se remémorant ces instants volés en coulisses.
Un dernier regard sur le line-up des mannequins, cliché ultime de l’avant-défilé et on s’en retourne vers le stand Motions, emplies de la satisfaction de savoir ce que tous ignorent.
Le Motions nouveau
La marque a pris un nouveau cap et elle veut que ça se sache. Packaging doré, ligne pour les naturelles, l’équipe a organisé un concours à l’issue duquel la gagnante, qui aura soumis sa photo sur Instagram au préalable, remportera un makeover (panier de produits, mise en beauté par Fashion Fair, coiffure bien sûr et tenue et accessoires offerts par des marques invitées). Une excellente initiative à saluer, tout comme la mise en beauté impeccable des mannequins, dont les crêtes sculpturales serviront parfaitement les créations inspirées que nous allons contempler dans quelques instants. Sur le stand, les selfie-sticks pullulent, les cartes s’échangent et les éclats de rire rythment l’attente impatiente des premiers shows. La teamMotions a su mettre à l’aise les visiteurs de passage. Et je vous parle d'ailleurs des produits que la marque m’a offerts ici.
Un bref retour au bureau pour recharger nos téléphones (rituel immuable du weekend) et débriefer cette première partie de journée s’impose. J’ai rarement l’occasion de laisser libre cours à mes caprices de greluche en société : retouche coiffure, rouge à lèvres, selfies, conversations à bâton rompu sur les dernières tendances capillaires et même sur les dernières saisons de nos émissions préférées. C’est naturel, sans chichi. J’apprécie cette spontanéité et cette simplicité rafraîchissantes.
Que le show commence !
Mais 18h30 sonne déjà. L’heure du défilé, l’entrée tant attendue dans le vif du sujet. Arrivées en retard, nous sommes tout de même placées au deuxième rang. Les derniers réglages sont en cours et sans crier gare, les marques se succèdent les unes après les autres, avec la précision du métronome : une petite vingtaine de modèles lancés par un premier mannequin plein d’entrain ; des pièces clés qui soulèvent un émoi plus ou moins contrôlé dans les rangs de spectateurs dont les sièges grincent régulièrement au gré des rythmes africains proposés par une bande-son savamment confectionnée par l’illustratrice sonore du défilé ; un final variant selon l’inspiration du créateur, qui une fois les mannequins sagement rangés, se faufile timidement sur le podium, sous les acclamations chaleureuses d’un public conquis. Conquise, je l’étais aussi. Et je vous en parle d'ailleurs très vite dans un autre article.
Source: Innocente Messy Online
Clap de fin pour la première journée.
Il est temps pour nous de découvrir le spacieux appartement du quartier de Kensignton & Chelsea (oui, Notting Hill, tout ça...), loué pour nous par Motions et d’entamer la deuxième partie de la soirée.
The show must go on...
Qu'importait la fatigue, la deuxième journée fut une répétition d’autant mieux rôdée de la première : les défilés rythmaient nos va-et-vient, que ponctuaient des interactions faciles avec les uns et les autres, le networking 2.0, les consultations frénétiques des différents réseaux sociaux kaléidoscopant les lumières froides des smartphones, les flashs et les éclats de rire complétant cette illustration fidèle de ce qu’évoque les mots « Fashion Week » au profane.
Des looks plus pointus que la veille paradaient, à la faveur du weekend. On ne savait où donner de la tête. Mention spéciale à la Zambienne Odette Steele ainsi qu'aux blogueuses René Daniella et Fro Girl Ginny entre autres.
Odette Steele, fière Zambienne au look inédit.
René Daniella et Fro Girl Ginny en pleine conversation au stand Motions.
"Can I take a picture of you, please? "
La vraie star du podium
Au cours du dernier défilé, la page Instagram de Motions Hair UK et les confirmations de Diabou m'apprirent que Laila, de la chaîne Fusion of Cultures, était sur le stand Motions. J’allais donc la rencontrer quelques minutes plus tard. La boucle était bouclée. Un dernier défilé et la soirée pouvait évoluer doucement vers sa suite logique et naturelle…
Deux journées à huit centimètres du sol, trois défilés, deux de mes YouTubeuses préférées et une expérience exhaustive de ce qu’est une véritable Fashion Week… ce weekend fut, à n’en point douter, la meilleure façon de découvrir Londres.
C’est donc riche de ces souvenirs inoubliables, de cette expérience des plus instructives et de ces admirables démonstrations de professionnalisme, que je réitère mes remerciements à Aïcha ainsi qu’à la team Motions UK pour cette belle entrée en matière…