30 octobre 2016

BLACK TV

(by Fal-bla-bla)

 

Cet article est en quelque sorte une référence à "Crack TV", un texte dans lequel je m'enthousiasmais à l'idée qu'il y ait davantage de Noirs à la télévision... américaine (pour la française, on verra dans 10 ans; l'Amérique innove, la France rénove, c'est bien connu). 
Il s'agissait alors de passer en revue un échantillon d'émissions de téléréalité dont les personnages étaient exclusivement noirs. C'était rare, c'était frais, c'était surtout tout ce qu'on avait, alors je m'enthousiasmais. 
Je m'enthousiasme pour un rien, c'est bien vrai.
Car, vois-tu, aujourd'hui, il y a mieux; beaucoup mieux: la télé a sacrément évolué, et je ne te parle pas que de la télé qui vend du crack mais de la télé bien comme il faut. 
Elle a pris des couleurs, a abattu quelques murs, bazardé quelques clichés et ce, en une poignée de mois à tout casser.

À vrai dire, j'aurais pu consacrer cet article aux nouvelles séries qu'il ne faut absolument pas manquer et il s'avérerait qu'elles sont toutes centrées sur des protagonistes noirs; et dans un monde idéal, tout le monde s'en battrait la rate. Mais puisque le mot "nègre" est encore lâché de nos jours avec une décontraction qu'on attribue trop souvent à de la maladresse , ou mieux, à de la candeur, et qu'être noir dans certains coins des États-Unis revient à servir de chair à canon pour policiers enragés, il me semble tout à fait pertinent de noter que les séries qui font parler cet automne sont bel et bien noires.

Il y a peu, j'ai entamé un article sur l'identité de la femme noire à travers quatre séries dans l'air du temps: "Empire", "Scandal", "How To Get Away With Murder" et "Being Mary Jane". Hélas, ce ne fut qu'une velléité de plus. Mais cet automne, je tiens enfin l'occasion de me rattraper. Et pour bien faire les choses, je compte t'entretenir de l'identité noire tout court (et comme, d'habitude, la femme passera à la trappe ^^).

Vaste programme, me diras-tu... Eh bien, pas tant que ça. Ce que les séries auxquelles je pense ont d'exceptionnel, c'est justement de mettre en lumière à quel point être noir est banal. Elles ne te traineront pas dans les couloirs de la Maison Blanche, sur des plateaux télé, ou encore au coeur de procès médiatisés et elles ne se repaîtront pas non plus de stéréotypes rances - le Noir s'illustre en rappant ou dribble pour survivre. Il ne s'agit ni d'idéalisme, ni de misérabilisme mais plutôt d'un entre-deux apaisant, qui érige la banalité en principe de normalité.

"Atlanta"


Ma première découverte fut "Atlanta". J'affichais d'ailleurs dans "Crack TV" ma passion pour "la capitale noire des États-Unis". "Atlanta" reprend les clichés évoqués dans cet article: hip hop, ghetto et dope, le tout servi par des prises de vue, un humour décalé et des partis pris narratifs qui ont un étrange arrière goût de "Breaking Bad", assurant un contraste rafraichissant et posant un regard neuf sur une frange de l'Amérique, qui n'est qu'une version dystopique de "Surbubia", ou Wisteria Lane, pour les inconditionnel(le)s de "Desperate Housewives".


Derrière et devant la caméra: le rappeur Childish Gambino (pour des raisons évidentes, il préfère "Donald Glover" quand il s'agit de produire des séries télé à succès; comme on le comprend...).
Earn, campé par Childish donc, tente de percer dans le milieu du hip hop après avoir abandonné un brillant cursus à l'université de Princeton. Il renoue, pour ce faire, avec son cousin du ghetto, qui deale et rime à  ses heures perdues, connaissant une gloire soudaine et quelque peu usurpée, à laquelle Earn veut lui aussi goûter. Les temps sont durs et les opportunités rares. Ainsi, au même titre que son héros,  "Atlanta" exploite des clichés éculés en même temps qu'il les détruit, illustrant brillamment la banalité du quotidien et les zones grises aussi.



"Queen Sugar"


La banalité du quotidien, les zones grises, c'est aussi ce que propose d'explorer "Queen Sugar", qui plante son décor au coeur d'une plantation, dans le Sud des États-Unis, dont viennent d'hériter trois enfants du pays aux parcours contrastés.


Nova, la journaliste naturopathe, vit une idylle clandestine et s'évertue à opposer sa vie à la marge aux incohérences d'un système qui écrase ceux auxquels elle a choisi de s'identifier: ceux qui, acculés par les
privilèges de race et de classe d'une société clivée, tentent de survivre malgré tout.
(oui, fan de "True Blood", je te vois jubiler:  il s'agit bien de Rutina Wesley...)


Ralph, le repenti en manque de reconnaissance, tente tant bien que mal d'élever son fils. Emblème d'une négritude qui oscille entre splendeur et décadence, le personnage de Ralph est surtout pétri de dignité et d'une grandeur à peine perceptible.



 Charley, la demie sœur moderne établie en Californie, a quelque peu délaissé les siens mais pertes et trahisons ont fini par raviver son attachement viscéral à sa terre. 


Produite par Ophrah Winfrey, la série nous offre trois facettes de la négritude prises en charge par trois êtres puissants à la croisée des chemins, à l'identité constamment défiée par les tourments de l'époque à laquelle ils appartiennent.



"Insecure"


La complexité dépeinte par "Queen Sugar" est également le postulat de départ d' "Insecure", le remake façon HBO de "Awkward Black Girl" que les accros de YouTube auront sûrement savouré il y a quelques années. Issa Rae (Diop ^^) y incarne la femme noire comme elle a rarement été représentée à l'écran: 
maladroite, pétrie de doutes et profondément attachante. 

 
"Insecure" relate les aventures hilarantes et souvent pathétiques d'Issa (personnage inspiré à 80% par sa créatrice). 
Issa cherche l'amour,  Issa rappe, Issa évolue dans un milieu professionnel qui ne lui convient pas réellement (sa patronne est le sosie de Rachel Dolezal, c'est dire...). 

 
Issa c'est moi, c'est toi, quelle que soit ta couleur; parce qu'un jour, avant une soirée, toi aussi tu as essayé toute ta collection de rouge à lèvres devant le miroir et tu as rappé en alternant les personnages au gré des couleurs que tu appliquais. 
Tu n'oseras jamais l'avouer en public bien sûr; ça reste entre nous. 



Issa évolue elle aussi en zone grise, se faisant, notamment par ses tenues et sa coiffure afrocentriques, l'emblème d'une culture dont elle s'échine pourtant  à rejeter les clichés. Elle prétendra par exemple ignorer la signification de "on fleek" pour contrarier les préjugés de ses collègues qui se donnent pourtant tant de mal pour ne pas avoir l'air racistes. 
Un truc que j'aurais moi-même fait sans scrupule, au passage.




Voilà donc trois séries qui réécrivent l'identité noire à leur façon et explorent des chemins jusqu'alors délibérément ignorés par la fiction destinée au grand public.
Bref, il semblerait qu'en ce moment  la télé américaine soit un vaste supermarché de la negrirude, celle qui ne s'excuse pas: il suffit juste de se servir !


03 décembre 2015

THE EYE OF THE BEHOLDER (IV) *

(by Fal-bla-bla) 
 

* Question de perspective
 
 
Gabourey Sidibé
pour
V Magazine
 
 
"Mon nom est Clareece "Precious" Jones. J'aurais aimé avoir un petit ami à la peau caramel et aussi avoir de super beaux ch'veux. Et j'voudrais être sur la couv' d'un magazine. Mais d'abord j'voudrais être dans les clips qui passent sur BET. M'man me dit que j'sais même pas danser. En plus, elle dit qu'ya personne qui veut voir mon gros cul danser, d'façon!"
 
 
 Précieuse, Gabourey.
Incomparable, c'est sûr.
"Precious" nous l'avait révélée.
Et depuis, Gabourey a désarmé les canons, sans avoir l'air d'y toucher.
Elle nous parle de lumière qui brille en soi dans les tranchées de la vie et brille davantage une fois sorti...
Elle nous parle d'une beauté qui s'invente et annexe les a priori en dépit des circonstances.
D'une beauté qui provoque, conquiert et exulte.
Une beauté qui se défend à coup de "et alors?" et s'arme de "tant pis!" mais, toujours, survit.


"Some folks has a lot of things around them that shines for other peoples. I think that maybe some of them was in tunnels. And in that tunnel, the only light they had, was inside of them. And then long after they escape that tunnel, they still be shining for everybody else."

 Précédemment, dans "THE EYE OF THE BEHOLDER": Maya Angelou
 

26 juillet 2015

PETITE NOIR


"Noirwave is a mindset"

 
"Petite Noir".
 
Le garçon affiche ses couleurs sans pâlir ni rougir.
Et dire que j'ai lu quelque part que la coquille dans son pseudonyme était quelque peu agaçante, comme si elle ne pouvait être délibérée. 
 
L'auteur semblait donc ignorer, et la finesse du personnage, et le riche parcours de ce dernier.
Yannick Ilunga, né à Bruxelles de parents congolais et angolais et élevé au Cap, en Afrique du Sud, dès l'âge de six ans, porte en lui la recette du succès et possède de facto le droit absolu d'irrévérence, lui qui maîtrise les codes d'univers si éclectiques.
Et puis, on s'imagine bien qu'il a dû en entendre des "Petite Noir" et a dû prendre le parti de s'en amuser.
 
Non, en écoutant les premières notes de Petite Noir vous comprendrez bien vite que le manque d'accord n'est qu'une façon délibérément grossière de souligner la savoureuse discordance des mélodies qui coexistent en toute harmonie dans chacune de ses compositions.
Petite Noir est tout et rien à la fois.
 
Oui, à l'écoute des propositions musicales du jeune sud-africain de 24 ans, chacun puisera dans ses références propres pour s'empresser de coller une étiquette à ce son inclassable.
 
La petite noire que je suis n'a pu s'empêcher d'invoquer l'afrobeat de Fela et  l'afropop si chers à son cœur
(eh oui, je suis grande mais souvent je reçois du "ma petite Falblabla", alors moi aussi j'ai parfois envie de massacrer les accords).
 
Quelque part, dans un salon arty à souhait, un amateur d'indie toujours sûr de son fait et prompt à cataloguer évoquera d'emblée et sans hésiter la new wave et le post punk.
 
Nous serions prêts à en découdre.
 
Mais Yannick nous réconcilierait et s'appliquerait à décoller ces étiquettes une à une, à chaque accord et avec une grâce désarmante: sa musique serait tout cela à la fois, le noirwave, un mélange d'influences disparates qui a marqué son enfance et a forgé cette approche ouverte et boulimique de la musique. Lui qui trouve formidable qu'on puisse savourer à la fois du Britney et du Radiohead.
Même moi je n'aurais pas osé dire ça!
 
Alors je ne peux qu'applaudir.
Et saluer ces mélodies métissées, cette voix qui se fait tour à tour masculine et féminine, cette froideur maîtrisée, palliée par la chaleur polyrythmique et envahissante des sonorités venues d'Afrique, cette élégante touche d'électro diluée juste comme il faut et surtout la sincérité rafraîchissante du ton.

Petite Noir est donc, à n'en point douter, de ces artistes qui s'imposent sans trop se forcer mais avec la ferme intention de bousculer nos perceptions et de briser les frontières; de ceux qui ont saisi la véritable portée de l'art.
 
On en redemande, accord ou pas... 









 
 
"La vie est belle" sort le 11 septembre 2015 (sans faute):
 



14 juillet 2015

| MATAHDATAH | Le retour de M.I.A. |

 
Hier. 
Twitter.
 
Ça:
 
Moi?
Surexcitation prévisible et impossible à contenir.
 
M.I.A. était de retour!
 Des semaines qu'elle nous faisait lanterner.
 
D'abord, impossible d'ouvrir la vidéo.
Non, rien à voir avec le fait qu'elle soit disponible en exclusivité sur la plateforme Connect d'Apple Music. Il suffisait de demander à "Mother", elle vous filait gracieusement un lien pour étancher votre curiosité.
Le voici d'ailleurs:
 
Non, j'étais nerveuse. Je me demandais ce que Maya nous avait réservé cette fois.
 
Il faut dire que mon admiration pour cet O.V.N.I. de l'industrie musicale remonte à ses débuts sur feu MySpace et n'a cessé de croître avec les années.
D'abord, " Arular ", pour le père, puis " Kala ", pour la mère, et " MAYA ", qui venait hélas saper la parfaite trilogie (pour ne pas dire "trinité") 
Mais, qu'on se rassure, depuis, Maya s'est rattrapée.
 [ lire "Le M.I.A. nouveau" pour plus de détails ]
 
 
Ce que j'ai aimé d'emblée chez Maya Arulpragasam, c'était l'ambiguïté raciale (on aurait pu être cousines, en vrai, si si, je vous jure! ^^) et l'ambiguïté culturelle qui en découle.
 
A une époque où on cherche à diviser, M.I.A. fait de sa musique un havre pour toutes les cultures et surtout les plus mal représentées, incomprises ou stigmatisées. A commencer par la sienne. 
L'univers de M.I.A. est savamment constitué de dancehall qu'elle a emprunté à la Caraïbe, de l'afrobeat made in Africa , des sonorités tamoules de son enfance et de tout ce que l'ethnocentrisme musical boude ouvertement. Elle, elle prend....
 
 
Son nouveau projet audiovisuel "Matahdatah Scroll 01 Broader than a border" n'allait pas me décevoir.
Il est à l'image de sa vision de la culture: plus large qu'une simple frontière. M.I.A. s'est promenée un peu partout sur le globe et a recueilli des influences disparates et des heures de pellicule qu'elle a filmées et montées toute seule, comme une grande. Tout cela n'est pas sans rappeler aux connaisseurs l'esthétique tiers-mondiste de "Kala" pour l'image ("Boyz" et "Birdflu" notamment, filmés en Afrique et en Inde) et celle tout aussi clandestine d' "Arular" pour le son.
 
C'est aussi ça que j'aime chez M.I.A.: cette croyance autistique en son art et en sa vision du monde.
Balancer du contenu sans tenir compte de ce qui se fait.
Avoir pour unique obsession l'authenticité.
Etre à la fois Chrétienne, de tradition Bouddhiste, faire un enfant à moitié Juif et afficher un immense respect pour la culture Arabo-Musulmane, à l'heure où il est de bon ton de cultiver les amalgames.
 
"Scroll 01" nous parle de  ça; des amalgames rassembleurs, les seuls qui devraient exister.
M.I.A. en a filmé la  première partie, "Swords" *, dans un temple indien et a mis en scène un groupe de jeunes filles maniant l'épée avec une dextérité effrayante. On voit une M.I.A. espiègle rôder dans les coulisses alors que les jeunes filles se préparent. On entend une M.I.A. hystérique pousser un cri strident pour les encourager. On est séduits par ce féminisme brut, voire brutal tant il est exotique.
 
 
La deuxième partie, M.I.A. l'a filmée en Côte d'Ivoire.
Pause: mais qui, dans le monde de la musique, se rendrait en Côte d'Ivoire pour filmer un clip?! Beyoncé (qu'elle a dit admirer au passage, et dont le mari - Jay Z - l'a signée chez Roc Nation il y a quelques années avant son départ pour Interscope en 2013) avait bien repéré trois danseurs du Mozambique sur YouTube et avait insisté pour danser avec eux sur "Run the World". Mais elle, elle ne s'était pas déplacée. Que nenni! Ils avaient été importés à Los Angeles, tous frais payés.
Lorsque M.I.A. découvre un danseur traditionnel ivoirien sur internet, elle s'envole ni une ni deux pour Abidjan, le traque, le trouve, lui passe "Warriors",  un des tubes de son dernier album "Matangi" et dans ma tête, elle lui  dit: "Maintenant, tu danses et après on discute", se contentant de quelques caméos et préférant en faire la star de la vidéo. 
 

Elle est comme ça, M.I.A.!
 Badass !
Elle fait fi des conventions et ne fait que ce qui lui plaît.
 
Pas surprenant puisque cette "déesse des mots" porte le nom de Matangi, la divinité bouddhiste de la musique et de l'apprentissage, qui trône fièrement, épée et tête de mort en main(s), représente le pouvoir du verbe et assure accessoirement, et en toute humilité, les transitions de "Scroll 01".
 
"Broader than a border"
Plus large qu'une frontière en effet: des danses traditionnelles indiennes au folklore ivoirien; d'un temple bouddhiste au pays Gouro; du Zaouli sur des rythmes tamouls...
 
A en perdre le Nord, et se dire qu'après tout, c'est mieux ainsi...
 
 
On attend la suite avec impatience!
 
-
 

* Et en attendant, on s'écoute "Swords" en boucle:



Voire "Baddygirl 2", hommage M.I.A.-esque à Beyoncé (la boucle est bouclée, trémolos dans la voix, tout ça):
 


13 juin 2015

THE EYE OF THE BEHOLDER (III) *

(by Fal-bla-bla) 

 
* Question de perspective
 
 
Maya Angelou
pour

 -

Maya, harmonie du corps et de l'esprit. 
Être soi, sans fard ni apparat.

Force des traits, puissance des mots.
Forcer le respect sans en faire trop. 

Maya, m'a subjuguée. 
Ses mots ont réécrit le beau.
 
 
-
 
 
"A woman in harmony with her spirit is like a river flowing. She goes where she will without pretense and arrives at her destination prepared to be herself and only herself."
 
Maya Angelou

-

Précédemment, dans "THE EYE OF THE BEHOLDER": Adrien Brody

 
 

15 mai 2015

THE EYE OF THE BEHOLDER (II) *

* Question de perspective 


Adrien, la définition même du double take.
"Oh but wait..."
Pas mal!

Adrien, le nez, équerre tordue d'un chef-d'œuvre délibérément mal tracé, à la manière d'un Picasso cabotin et un peu zélé, qui aurait voulu le sourcil aigu, le regard grave et la bouche en suspension - égoïste et généreuse, un point, un trait. 

L'ébène de la luxuriante chevelure répondrait sans sourciller aux mâchoires étroites dont les flancs creux et clairs seraient portés par un cou fièrement démesuré. 

Et pourtant.

Adrien serait beau.

 Mais pas d'une beauté qui s'excuse, qui geint et affecte des airs faussement mièvres et gentillets.

Non.
La beauté d'Adrien ne s'excusera pas.
Elle s'impose.

Un double take qu'on n'oublie pas....
-
Adrien is the true embodiment of a double take.
"Oh but wait"
Not bad at all!
Adrien's nose, a bracket holding sliding shelves, brows designed as if a mischievous and overzealous Picasso had once again sketched a puzzling asymmetrical masterpiece.
Sorrowful eyes and a mouth both conceited and generous.
A clash of colors: luxuriant ebony hair, narrow jaws whose hollow and wan slopes proudly sit on an endless neck.
But do not be fooled by my words.
Adrien is  pure beauty, in the eye of the beholder.
Mine at least, if you prefer.
His beauty does not feel sorry for him, it does not whimper.
Nor does it pretend to be all smiles and deceptively sweet to fool you better.
Not at all.
Adrien's beauty will not feel sorry.
It asserts and stands its ground, solely.
Just one double-take and, trust me,
you will never forget....

-

Précédemment, dans "THE EYE OF THE BEHOLDER": Chantelle Winnie 

03 mars 2015

THE EYE OF THE BEHOLDER (I) *

(by Fal-bla-bla) 
 
* Question de perspective
  
 
Chantelle Winnie
pour
The Guardian


Tout chez Winnie chante la grâce et la douleur.
Mais aucune place pour le doute quand Chantelle affiche ses couleurs.

Une beauté simple.

Un noir  presqu'arrogant tant il est fier.
Un blanc qui s'invite par petites touches.
Winnie vous touche, et dans le même élan, vous interpelle.

Tout chez elle chante la douleur d'être belle.

 

17 février 2015

OB-SESSION IV *

(by Fal-bla-bla)
 
* Une image qui tourne en boucle dans nos têtes.
 


04 février 2015

"EMPIRE", LA SERIE "PLUS HIP-HOP TU MEURS"...



Depuis que le hip hop est devenu fréquentable, il est aussi devenu marketable, analysable; théorisable, si j'osais. Et ça je l'ai vite compris en constatant que l'université américaine que j'ai fréquentée il y a quelques années proposait un cours intitulé "Hip Hop Cultures".
 
Enrique, latino, gay et truculent (d'accord, c'est aussi pour ça que j'ai choisi son cours et aussi parce qu'il me battait au poker tous les samedis soirs) dissertait des heures durant sur la mythologie hip hop, entouré de disciples WASP à une exception près (moi, donc), dans un cadre évoquant un remake très bon marché et très 21ème du Cercle des Poètes Disparus.
 
On y décortiquait l'émergence d'un phénomène, ses différentes expressions et son évolution. On y écoutait des extraits, comparait, débattait. Je rendais toute leur légitimité à IAM et NTM (paix à leurs âmes), refourguais du Diam's et de la boulette avec une candeur qui m'émeut encore des années après, et, surtout, découvrais ce qui m'avait jusqu'alors semblé anodin sous un jour neuf: celui de l'art et de la sociologie.
Epiphanie. Mais alors pourquoi étais-je la seule à éprouver tant d'enthousiasme? Ou plutôt, pourquoi étais-je la seule noire (ou latino, quand j'y pense) à assister à ce cours? Etais-je donc la seule de ma couleur à accorder du crédit à un des genres musicaux les plus racialement marqués? "I should take this class next semester. Never considered it", me rétorqua le charmant étudiant en média du service informatique qui m'avait aidée à monter la compile destinée à étayer ma présentation du hip hop made in France. Un "Assassin de la police" traîne encore sur le disque dur d'un jeune cadre, quelque part en Amérique. Il semblait que pour lui, le hip hop n'eût jamais été fait que pour danser et secouer la tête machinalement et non pour réfléchir et débattre, creuser et analyser. Etrange regard posé sur sa propre culture.
 
Pourtant, le hip hop que nous proposait Enrique se racontait non seulement en rimes et en flow, mais aussi à travers les jeux de mots, les tropes, l'imagerie dense, la richesse des textes et l'intertextualité de rigueur dans un art en pleine construction. Loin des clichés, on reconnaissait à ce son de la rue son véritable statut d'expression artistique, fertile et honorable. On feuilletait des livres, qu'on analysait comme on eût analysé un Roth, un Ford ou un Carver.
J'en restai là: la tête pleine de nouvelles idées sur ce qui allait désormais devenir ma musique de prédilection, m'éloignant doucement mais sûrement des niaises mélodies sucrées que jouait régulièrement mon Ipod fraîchement acquis. Impossible, désormais, d'écouter un morceau sans en analyser la portée sociologique ou la rattacher à tel courant, tel mythe ou tel sous-genre.
 
Un jour, des années plus tard, au hasard de mes pérégrinations virtuelles, je tombai une série de télé-réalité ("Love and Hip Hop") mettant en scène des figures un peu dépassées de la scène hip hop contemporaine, de la manière la plus indécente qui soit. Y étaient évoquées leur vie sentimentale et professionnelle (voir l'article qui y fut consacré). Le hip hop était donc devenu mainstream, selon la loi qui veut que n'est underground que ce dont on se méfie et qui paraît distant, voire inapproprié: voilà le hip hop banalisé par sa simple association aux mots "love" et "VH1". Je compris que la rue avait envahi les confortables salons américains, mais qu'elle avait aussi dû d'essuyer les pieds et laisser les Timbs à l'entrée. "Amour, Gloire et Hip Hop", la violence en plus et les "bip" stridents en guise de ponctuation. Ca fait plus authentique, vous savez.
 
Plus récemment, l'accession du hip hop au mainstream connut une nouvelle étape, et pas des moindres: il me fut donné, lors d'une énième virée sur YouTube, de visionner la bande annonce de "la série événement de l'année", qui n'en est qu'à ses balbutiements mais fait déjà beaucoup parler: "Empire".
 
 
Mieux que la crack tv, le crack opera, la série hip hop qui me rendrait accro comme jamais. J'aimerais ça, j'en redemanderais même si c'était bourré de clichés pour mieux convaincre ceux qui avaient regardé le genre avec dédain pendant toutes ces années.
 
Tout cela était éloigné du Hip Hop d'Enrique, bien sûr. Le genre sacrifiait un peu de sa noblesse pour mieux vendre. Il choquerait sans doute le vieil MC, puriste forcené, un peu party pooper sur les bords et plié sous le poids du bling écaillé: le hip hop vendrait donc son âme au diable pour engranger davantage de profits. Controverse, polémique sans fin.
Le hip hip doit-il rester street, hood? Faut-il le nettoyer? Le rendre classe et arty? Et Iggy Azalea dans tout ça? Hein?
 
Mais il suffira de lui rappeler, à ce vieil MC récalcitrant, à la manière de Lucious Lyon, parrain du game reconverti en homme d'affaires impitoyable:
 
"La controverse, c'est Hip Hop. C'est comme ça qu'on est devenus riches après tout"
 
La controverse à tout prix.
 
Lucious sait de quoi il parle, figurez-vous. Son flow lui vient des bas-fonds, "O.G." est bien plus qu'une petite coquetterie de rappeur en mal de street cred'. Lucious a trahi, trafiqué et même tué pour gravir les échelons. Trois fils laissant fortement à désirer et une ex-épouse déterminée à récupérer son dû pour lancer une intrigue à mi-chemin entre thriller et saga, entre Tupac et Dynastie.
 
Pas si éloigné du cours d'Enrique finalement...
Identité, culture et contre-culture, genre et race, mythes et mythologie, fiction et hip hop, narration dans la culture urbaine... Tout cela est vulgarisé (dans tous les sens du terme) et proposé à un large public; connaisseurs et néophytes pourront ainsi se faire leur religion.
 
Que la bataille commence.

 

05 janvier 2015

OB-SESSION III *


* Une image qui tourne en boucle dans nos têtes.
 
 

23 décembre 2014

BLACK-ISH

(by Fal-bla-bla)
 
black: noir*
-ish** (suff.): pas tout à fait

(*quoi?! Tu savais pas?!)
(**aussi: onomatopée d'origine africaine signifiant l'exaspération)
-

- 
Son de college band : Jesus Walks (← clic clic) de Kanye West en prélude.

Autant te dire que je suis séduite.
Et toi tu décroches, c'en est déjà trop: tu te dis que cette série, quoi qu'il en soit, c’est bien trop populaire (beRk!), pas assez  élitiste pour toi.
Kanye West, m’enfin… Quelle idée !
Laisse-moi te convaincre. Tenter du moins.
Parlons contemporain, parlons bien: Black-ish est une série urbaine. Euphémisme pour ne pas dire « noire », d’où le suffixe « ish » 
( « urbain » = noir policé ; la musique « urbaine », la mode « urbaine », le langage « urbain » et maintenant une série « urbaine »).
Le monde s’ « urbanise » , faut croire...
Ma foi.

Alors, je t’explique.
Notre héros (un peu anti sur les bords) déblatère, nous parle du rêve américain un peu distordu que vit sa famille:

"Et sur votre gauche, vous pouvez voir la famille noire américaine mythique et majestueuse, sortie de son habitat naturel mais toujours en lutte"
Le pitch est posé.
Ai-je vraiment besoin de t’en dire plus ?
Evoquer le Cosby Show à l’heure de la démystification serait malvenu, n'est-ce pas? 
Pourtant, comme j’aurais aimé te dire que Black-ish est le Cosby Show des années 15 !
Une famille noire évoluant dans un quartier monochrome.
Une adaptation, qui lui coûte une part de son identité et lui vaut un suffixe en prime.

Une lutte perpétuelle, à tout propos, comme pour se justifier.
L'Amérique noire "post-raciale" dépeinte à la télé, en somme. 

Car, apparemment, il est toujours nécessaire d'évoquer ces choses-là, vois-tu...
-
  
Notre héros se nomme Huxtable… euh… non, Dre.
Dre Johnson.
Plus noir, tu meurs.
Dre voudrait évoluer dans son entreprise.
On lui confie alors la direction du département culture « urbaine » (encore elle !)
Logique.
Et puis ce collègue imbuvable qui lui adresse des «  Yo! », «  Waddup?! » et « Keep it real! » en guise d’hommage à sa culture.
Dre est ingrat, dis donc: il ne goûte guère ces égards dispensés libéralement.
Pour ne rien arranger, son fils boude le sacrosaint basketball  pour s'adonner au hockey sur gazon et préfère se faire appeler Andy; Andy pour André. Hérésie!
 On s'insurge avec le père face à cette perte de repères avant de le trouver tout ça très mignon ; apothéose quand le fiston réclame sa propre bar-mitzvah.
On applaudit!

Heureusement, chez Dre, on mange encore du poulet braisé… au four !
Et la Soul Food alors? Commandée chez le traiteur.

Bref, Black-ish nous parle de syncrétisme, de mélange des genres, avec, qui plus est, un casting convaincant et sans concessions :
Tracee Ellis Ross (la fille de Diana) et Laurence Fisburne (producteur) pour te servir!


 
Alors, conquis(e)?
 

19 novembre 2014

18 août 2014

ORANGE IS THE NEW BLACK

 
 
Piper Chapman est une WASP, inutile de le préciser: blonde, en manque de sensations fortes, enchaînant les remarques sarcastiques et s'efforçant de décevoir ses parents pour donner un sens à une existence bien trop lisse pour la contenter. Elle mène une vie artsy (hipstery, si j’osais…). C'est quoi son job déjà? Pourquoi cherche-t-elle à se faire embaucher dans un bar? On ne le sait pas vraiment... Quoi qu'il en soit, elle y croise la clé de l'intrigue, celle qui lui ouvrira les portes de mondes dont elle ne soupçonnait l'existence, y compris celles du monde carcéral. Le spectacle peut commencer, l'intrigue lancée. Elle sera vague toutefois, car basée sur le principe de l'analepse: les détails seront révélés graduellement au cours de flashbacks qui interrompent régulièrement l'action et rendent la série d'autant plus addictive.

The animals, the animals, 
Trapped, trapped, trapped 'till the cage is full
The cage is full
Stay awake
In the dark, count mistakes
The light was off but now it's on
Searching the ground for a bitter song
The sun is out, the day is new
And everyone is waiting, waiting on you
And you've got time
And you've got time

Piper atterrit donc prison, pleine de bons sentiments, piégée comme un animal en cage et, pour s'occuper, elle nous propose une galerie de portraits sur le mode omniscient, tout en se débattant avec ses propres démons: chaque personnage est décortiqué; de la prisonnière, au maton en passant par la direction et ceux qui sont de l'autre côté du mur, ceux qui attendent désespérément.
Pas de parti pris.
Tout sera dit.

Think of all the roads
Think of all their crossings
Taking steps is easy
Standing still is hard
Remember all their faces
Remember all their voices
Everything is different
The second time around

Piper Chapman n'est en fait qu'une version romancée de Piper Kerman, la véritable héroïne. Orange Is The New Black est une histoire vraie: tout comme son personnage, Kerman s'est retrouvée derrière les barreaux, défiant ainsi toutes les statistiques carcérales américaines. Un exploit. Et de cet exploit, elle a décidé de faire un livre, qui a ensuite inspiré la série. Aussi, il est intéressant pour le spectateur de tenter de distinguer la réalité de la fiction, en passant en revue anecdotes et personnages, se demandant s'ils ont réellement existé. 

-Crazy Eyes, la poétesse incomprise, un peu psychotique mais si attachante:

 
-Sophia la transsexuelle à l'histoire familiale complexe et poignante:
 

-Taystee, à la personnalité flamboyante et aux ambitions frustrées par un destin qui lui échappe, mais aussi son acolyte Poussey, au physique et au parcours atypiques:
 
 
 
 
-Nicky, l'ancienne junkie dont la crinière luxuriante n'a d'égal que les exploits luxurieux:
 
 
-Pennsatucky, la touche White Trash du casting, tant obsédée par le Christ que par la violence:
 

-Lorna Morello, l'italo-américaine raciste (sans qu'on puisse vraiment lui en vouloir) et horriblement (au sens propre, bien sûr) romantique:
 
 
-Daya et sa bande de Latinas hautes en couleur:
 
 
 
Bref, Orange Is The New Black est une série chorale qui célèbre la greluche, toutes origines, toutes orientations sexuelles et tous parcours de vie confondus. On y aborde un thème tabou et tous ses corollaires avec beaucoup d'humour et sans complexes.
Le rire succède bien souvent aux larmes et fiction et réalité se mêlent harmonieusement.
Bien sûr, on n'échappe pas aux clichés inhérents à un tel sujet, mais la série évoque la féminité - les féminités - avec une telle fraîcheur qu'on ne lui en tient pas rigueur et on serait même tentées de parler de féminisme, si on ne craignait de provoquer un débat sans fin...
 
Alors, en attandant la saison 3, contentons-nous de rire et de pleurnicher comme de vraies greluches devant chaque épisode, puisqu'après tout, c'est le but... 
 
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Pour plus d'information voici la biographie (en Anglais) de Piper Kerman et une interview de cette dernière au sujet de la série et de son expérience personnelle.