30 juillet 2016

"ASSEULÈNN" by IMANE AYISSI (Printemps-Été 2017)




"Asseulènn" ou la mise en textile du croisement sous toutes ses formes.

La collection Printemps-Été 2017 du créateur d'origine camerounaise Imane Ayissi s'ouvre sur une note sobre: une palette nude à souhait que viennent néanmoins trahir un subtil patchwork ton sur ton et une touche de fantaisie apportée par des baskets aux coloris pastel. 

Nous voilà prévenus: c'est bien l'art du syncrétisme textile qu' "Asseulènn" se propose de célébrer, reprenant le même motif, et le déclinant à l'envi, matérialisant ainsi le croisement des cultures, si cher au créateur. Le carreau, qu'il soit d'inspiration écossaise, ou ivoirienne ("kitas"), le fruit d'un méticuleux travail de tye-and-dye à l'africaine aux airs de tartan ou du tissage magistral du "ewe kente", constituera le fil rouge de la collection et conduira le spectateur au carrefour des cultures.

L'association des étoffes sera donc audacieuse et contrastée - pour ne pas dire délicieusement contradictoire - la palette se faisant vibrante au fil des passages et la délicatesse des soies tranchant avec la rigidité des pièces tissées. 

On ne pourra également s'empêcher d'admirer l'éclectisme maîtrisé des silhouettes: les coupes sagement droites et les dos à l'échancrure raffinée, se laisseront doucement aller à la fantaisie du péplum, des incrustations inattendues de pièces tye-and-dye et de l'enchevêtrement déstructuré de pliages complexes, qui convoqueront bien entendu l'esprit de "Beussanda".
Les jupes seront hautes à l'extrême, se portant à mi-mollet, épousant parfaitement les courbes et combinant à la fois la rigueur du corset et l'opulence des manches caftan.
Les pantalons joueront également sur les contrastes, alternant entre la rectitude de la coupe cigarette et l'exubérance des silhouettes évasées. 

La collection se voudra résolument moderne, offrant par exemple une exquise réinterprétation de la veste teddy, surmontant un pantalon à mi-chemin entre cigarette et Harem. 
Les manteaux s'envisageront avec des manches kimono, une coupe oversize, et l'imprimé "ewe kente" sera la norme.

"Asseulènn" se jouera également des genres, laissant une grande place aux pièces masculines, qui viendront confirmer la cohérence d'une collection convaincante, servie par des mannequins à l'allure sobre et délicate.

Pari tenu: "Asseulènn" est une belle démonstration de toute l'étendue du talent d'Imane Ayissi, qui une fois de plus, a su nous faire voyager de culture en culture, tout en restant fermement ancré dans la sienne.


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Pour plus d'informations, se référer à l'article "Imane Ayissi", portant sur la collection Printemps-Eté 2017, intitulée "Beussanda".


24 octobre 2015

AFRICA FASHION WEEK LONDON 2015 (II) - LES COLLECTIONS


Trois mois déjà.
L'Africa Fashion Week London 2015: le cadre londonien pittoresque et les fantaisies du monde de la mode alliés à la familiarité du contexte nous ont offert une sorte de bulle de wax éphémère, un concentré d’élégance à l’africaine dont j’ai goûté chaque instant (grâce à Motions Hair UK et BlackHairVelvet) et dont je vous parlais d’ailleurs ici. Au-delà du décorum et de l'atmosphère chaleureuse, ce fut aussi et surtout une formidable démonstration de Haute Couture, au cours de laquelle l’Afrique a tenu à prouver qu'elle aussi avait son mot à dire. A l’occasion de cette cinquième AFWL, c’est en effet une Afrique fidèle à son attachement à l'authenticité, à l'ouverture et au brassage qui a défilé à l'Olympia. Et j’étais là pour le constater, subjuguée par cette profusion d’idées parfaitement exécutées et impatiente de poser des mots sur ces harmonieux agencements d’étoffes qu'on dit exotiques.
Il y eut pléthore de collections. Je vous raconte celles qui m'ont le plus inspirée.

C'est sur « Run the World » que Le Ekhaya a lancé sa troupe de mannequins à la conquête du podium. Pluie émeraude sur coupes légères. Une esthétique sixties servie par des couleurs terriennes et tropicales et agrémentée d’accessoires résolument pop. La cape comme fil rouge, le revers en wax pour signifier le « retour à la maison », le retour à soi (« Ekhaya » en Zoulou) et enfin  la modernité pour liant : crop tops, carrot pants et shorts fort seyants défendus par un escadron d’Amazones fières dont les coiffures structurées et le salut militaire évoquent une Afrique postcoloniale en transition.
Elles seront enfin rejointes par une créatrice au mini afro platine dont l'allure avant-gardiste finira de convaincre le spectateur séduit.


 Tumiila. Quelle ne fut pas ma surprise en voyant la frêle silhouette de Tumisola Ladega, la vingtaine,  se faufiler sur le podium à la fin du défilé! Trop jeune pour cette explosion de vinyle, ces collages géométriques avec le monochrome pour clé de voûte. Noir blanc et la récurrence du magenta qui trahit le jeune âge de l'artiste. Je reste admirative devant l’exécution parfaite de cette robe blanche bodycon  dont la longueur flatte les genoux et qu’une cascade de découpes de vinyle noir doublée de lanières effet bondage viennent parachever harmonieusement.
Tumiila est, à n’en point douter, une force montante de la mode africaine.



Selina Beb. Dificile de croire, au lancement des premiers modèles, que Selina fait de l'accessoire. L’alliance du minimalisme à l’esthétique maximaliste du wax brouille les frontières et rend à l’accessoire ses lettres de noblesse. Dans le monde de Selina Beb,  capeline tissée multicolore et cascade de colliers fins en wax suffiront à habiller une silhouette blanche épurée et, surtout, à retenir l’attention d’un public qui n’en sera pourtant pas à son premier défilé.
On ne peut qu’admirer la prouesse de l’artiste.

 AsakeOge. AsakeOge, « la mode » en Yoruba, a placé le jaune au cœur de sa collection et a proposé une version pop du wax, confinant à l'hyperbole: palette technicolor à souhait, fusion de wax et de textiles classiques, subtil jeu de pliage et même du strass ça-et-là. AsakeOge c’est aussi le péplum pour silhouette ; en haut mais aussi au bas de jupes maxi droites donnant des airs de sirènes nubiennes aux mannequins. AsakeOge défie les proportions : un crop aux manches chauve-souris sur un culotte pant évasé et une sorte de redingote dont on aurait oublié les manches et dont les pans se finiraient en une traine vaporeuse, dotée d’une fente démesurée ouvrant sur le minimalisme d’un bermuda blanc et discret. Mention spéciale pour cette silhouette d’un jaune éclatant dont les empiècements en wax vert, fuchsia et orange s’immiscent par petites touches avant de s’imposer et d'annexer le reste de la collection.



Tangerine. Lorsque ce mot s’affiche sur les écrans surplombant le podium, on s’attend à la maturité d’une collection réinterprétant sagement les classiques. Mais les premiers modèles bousculent cet a priori: la palette est certes dominée par le orange, mais ce dernier joue la carte du color block en s’alliant à un rose flambé (nous dirait ce cher Pantone), auquel se joignent au hasard des modèles, un jaune franc ou encore un rose poudré. La silhouette, quant à elle,  est maximaliste : fronces, mousseline et superpositions, comme l’illustre un de mes modèles favoris.
En somme, Tangerine a réussi à démontrer avec brio que flamboyance et élégance pouvaient se marier à la perfection.



Mafrika. La griffe nous propose du wax sur silhouette de préférence évasée, au col haut et à l’épaule structurée. La palette est éclectique : du wax aux couleurs vibrantes et aux imprimés géométriques, un audacieux embrouillamini textile, à la manière de Stella Jean, une collection qui répond pleinement aux attentes de l’amatrice de wax.
On se verrait bien porter chacune des pièces proposées par la marque en cette AFWL 15.





Caroline Beyll est au confluent des cultures. Elle propose des pièces de taffetas aux airs de bazin, des ornements orientalisants et des coupes fifties qui ne manquent pas d’interpeler le spectateur. Le classicisme de la collection séduit par son caractère anachronique et paradoxalement rafraichissant, à l’heure ou le wax revendique sa modernité.




Sifaye Haidar. J’ai griffonné dans mon carnet « le red carpet ou rien ». Sifaye crée pour les grands événements. D’ailleurs, c’est une robe de mariée qui ouvre le défilé. Se succèdent alors une série de modèles taillés dans des étoffes chatoyantes ou lamées et des pièces dramatiques aux décolletés plongeants, aux fentes sans fin, à la transparence décomplexée et aux empiècements judicieusement placés, que le public finira par saluer avec beaucoup d’enthousiasme.




 

Van Else est asiatique et pourtant c’est le wax qui l’inspire. Cette créatrice haute en couleurs, qu’on a pu remarquer dans les allées du Salon, opte pour une version extravagante du wax : des traines interminables et des cols élisabéthains ou savamment enchevêtrés, des shorts microscopiques surmontés de vestes structurées ou de trenchs idéalement proportionnés.
Pari tenu: la première collection de Van Else est des plus convaincantes.



Innocente Messy c’est avant tout un art de la coupe : un plissage subtil, une longueur idoine pour des robes évasées juste comme il faut, des jupes et des pantalons d’une droiture et d’une simplicité compensant opportunément des hauts ceinturés aux manches caftan raccourcies et amplifiées.
C'est une célébration de l'élégance intemporelle qu'Innocente Messy a orchestrée sur le podium de l'Olympia.




 


Que puis-je ajouter? Sinon que la mode africaine a de beaux jours devant elle: en s'inspirant d'une tradition riche et vivace et en restant perméable à toutes sortes d'influences, elle impose peu à peu son esthétique singulière dans le monde fermé de la Haute Couture.
Je suis donc impatiente de voir ce qu'elle nous réserve dans les années à venir...


15 août 2015

FALBLABLA A L’AFRICA FASHION WEEK LONDON 2015 (I)

Londres 2015. Un de mes plus vieux rêves allait se réaliser. Deux fées pour l’exaucer : Aïcha (de la chaîne YouTube « Black Hair Velvet » ) et la branche britannique de la marque capillaire Motions Hair UK, qui avait savamment concocté la magie de mon expérience londonienne; un weekend pour découvrir les différentes facettes d’une véritable Fashion Week et des rencontres inoubliables.
Dès le départ, j’ai pris le parti de préserver le mystère de l’événement. Fidèle à ma politique de toujours, je me suis bien gardée de poser des questions, ignorant ainsi que non seulement, j’assisterais aux défilés en VIP, évitant les interminables files précédant chaque show, mais aussi que j’aurais accès aux coulisses et pourrais évoluer dans l’envers du décor. Les bonnes surprises se sont donc enchaînées une à une et c’est avec beaucoup de délectation et un  enthousiasme comme toujours impossible à dissimuler que j’ai pris des pages de notes et au moins 1 GO de photos.
Je suis donc  prête à tout vous raconter (ou presque).
Vous venez avec moi ?
 

London is calling
D’abord, il a fallu prendre un train, un avion et le Gatwick Express. Cette dernière étape est l’occasion pour moi de faire la connaissance d’une dame tout de wax vêtue et d’une affabilité compensant opportunément mon incorrigible timidité. Elle va me conduire sur les lieux en prime: la salle d’exposition Olympia, à Kensington, en plein cœur de Londres. Elle se dit aussi impatiente que moi, mais l’expérience aidant et le flegme étant la norme en cette contrée, elle  sait bien juguler son empressement. Elle brosse un descriptif rapide mais fidèle de l’événement, auquel elle a déjà assisté, étanchant en partie ma curiosité. A mon tour, j’évoque à ce vétéran de l’AFWL et Motions , et le blog. Elle promet de venir me voir sur le stand de la marque. La journée commence bien.
Arrivée sur les lieux je suis accueillie par une élégante silhouette jaune safran, dos nu et col haut en wax.  Je rencontre enfin Aïcha ; comme une impression de traverser l’écran et en même temps des échanges naturels d’emblée. Aïcha me présente Becky (Shand) et Traci, les représentantes de la marque Motions au Royaume-Uni. L’ambiance est conviviale. Mais les préoccupations de greluche prennent vite le dessus. « Je ne suis pas très Fashion Week, là », disait le texto envoyé à Aïcha depuis le Gatwick Express. Il faut y remédier au plus vite. Le temps de monter dans le bureau réservé à Motions ( notre vestiaire / loge / salon de thé / salle à manger / point-recharge-téléphone), de sélectionner une tenue en wax et la Fashion Week, ma Fashion Week, peut enfin commencer.
 
 
Décor et personnages
L’Africa Fashion Week London c’est aussi un salon. Des marques triées sur le volet ont été invitées à venir exposer leurs créations. Le wax y est décliné à l’envi : des coupons de tissu pour l’amatrice de DIY cohabitent avec toutes sortes de vêtements taillés dans des étoffes « exotiques » et des accessoires en tous genres (tote bags, headbands, bijoux, et mêmes lunettes de soleil, sacs en cuir travaillé à l’africaine, petits carnets mignons…). De quoi se faire plaisir et faire plaisir.  Tant et si bien que la modeuse adepte de wax en a le tournis, ne sachant à quel stand se vouer.

En attendant, je fais plus ample connaissance avec la team Black Hair Velvet. Un récent « Sisters’ tag » sur YouTube nous l’avait fait comprendre : Adia et Diabou forment  avec Aïcha une fine équipe haute en couleurs, dont l’humour et la bienveillance ont indéniablement contribué à la réussite de ce weekend.
Je vous invite d’ailleurs à visiter la chaîne YouTube de Diabou, et si vous êtes Parisienne, à essayer la nouvelle application d’Adia, Ma Coquetterie.
 

Backstage
"Euh... T'es sûre..?" 
A peine le temps d’engloutir mon plat de riz au saumon (glamour, j'en conviens...) et les choses sérieuses allaient commencer. Aïcha m’annonce que nous sommes autorisées à nous rendre en coulisses. Un panneau assez explicite indique pourtant que l’entrée est interdite, même au staff. Seuls les mannequins et les créateurs sont autorisés à y pénétrer. Je suis la silhouette espiègle d’Aïcha et, sur le pointe de mes talons de huit (eh oui, Fashion Week, je vous dis…), me glisse furtivement dans le sérail, là où toute la magie du défilé s'opère.
Quatre mains pour une tête. Avec les produits Motions, on ne plaisante pas...

Partout, de longues jambes croisées élégamment, des peignoirs girly noués gracieusement, du pinceau, de la brosse, de la laque (Motions , bien évidemment) :  les mannequins s’occupent ou se font chouchouter en attendant que le show commence. Des portants trépignent dans le fond. Le rêve de la greluche prend vie: une déclinaison presqu'infinie de pièces taillées sur mesure et marquées du nom de leur propriétaire du jour en haut , tandis qu’en bas, un arc-en-ciel d’escarpins vertigineux sagement rangés se dessine.

Portant Le Ekhaya: une de mes collections préférées.

 
Et puis soudain, un attroupement de mannequins se forme autour d’un homme au charisme solaire, qui semble faire la classe à des disciples attentifs et admiratifs et laisserait tout enseignant rêveur. L’homme en question, Sola Oyebade, est le Creative Director des défilés. Il donne ses instructions avec la bienveillance et la fermeté du maître passionné.


De son discours marqué de rires et d’applaudissements, je retiens qu’une fois maquillé et vêtu, le mannequin n’est pas autorisé à s’asseoir.
Pas facile, la vie de gravure de mode…
Je les observe, ces mannequins, dont la joie de vivre donne à ces coulisses quelque peu austères des airs de cour de récré très animée. Téléphones en main, talons aux pieds (sur lesquels on se meut comme on respire, alors que le show n’a pas encore commencé) et sourires systématiques, elles affichent un professionnalisme édifiant.
 Cette charmante jeune femme prépare un doctorat de sciences. Greluche, mais pas que...
Un appareil braqué sur leurs délicieuses frimousses et ces demoiselles prennent instantanément la pose, même en pleine conversation, même assaillies par les coups de pinceaux ou de brosse experts d’une maquilleuse ou d’une coiffeuse zélée, même lorsque l’objectif est braqué sur le Creative Director et qu’elles se retrouvent captives d'un cliché inopiné. J’admire cet état de préparation constant. Certainement un de mes meilleurs souvenirs.
Le plus adorable des mannequins posant derrière Sola Oyabede, qui donne ses dernières instructions.
 
La fille la plus stylée du défilé, dont le regard vous donnerait presque envie de baisser les yeux et qui me rappelle le mannequin français Blivy.
 
 
On demande à deux mannequins de poser. Une autre fille les rejoint, puis deux, puis trois. Très vite une photo de groupe est improvisée et les téléphones pleuvent dans mes mains. « Fais m’en une pour snapchat aussi, darling ». Une connivence improvisée s’instaure, ponctuée d’éclats de rire et de « honey ». On se dit qu’on est bien à la Fashion Week cette fois-ci, comme si on en avait jamais douté. Reste plus qu’à voir ce que ces filles qui se seront rendues si attachantes en quelques minutes ont à offrir sur le podium.
On les regarderait défiler en se remémorant ces instants volés en coulisses.

Un dernier regard sur le line-up des mannequins, cliché ultime de l’avant-défilé et on s’en retourne vers le stand Motions, emplies de la satisfaction de savoir ce que tous ignorent.


 
Le Motions nouveau
La marque a pris un nouveau cap et elle veut que ça se sache. Packaging doré, ligne pour les naturelles, l’équipe a organisé un concours à l’issue duquel la gagnante, qui aura soumis sa photo sur Instagram au préalable, remportera un makeover (panier de produits, mise en beauté par Fashion Fair, coiffure bien sûr et tenue et accessoires offerts par des marques invitées). Une excellente initiative à saluer, tout comme la mise en beauté impeccable des mannequins, dont les crêtes sculpturales serviront parfaitement les créations inspirées que nous allons contempler dans quelques instants. Sur le stand, les selfie-sticks pullulent, les cartes s’échangent et les éclats de rire rythment l’attente impatiente des premiers shows. La team Motions a su mettre à l’aise les visiteurs de passage. Et je vous parle d'ailleurs des produits que la marque m’a offerts ici.
Source compte Instagram +MotionsHair 

Un bref retour au bureau pour recharger nos téléphones (rituel immuable du weekend) et débriefer cette première partie de journée s’impose. J’ai rarement l’occasion de laisser libre cours à mes caprices de greluche en société : retouche coiffure, rouge à lèvres, selfies, conversations à bâton rompu sur les dernières tendances capillaires et même sur les dernières saisons de nos émissions préférées.
C’est naturel, sans chichi. J’apprécie cette spontanéité et cette simplicité rafraîchissantes.  
 
 
 
 Que le show commence !

Mais 18h30 sonne déjà. L’heure du défilé, l’entrée tant attendue dans le vif du sujet. Arrivées en retard, nous sommes tout de même placées au deuxième rang. Les derniers réglages sont en cours et sans crier gare, les marques se succèdent les unes après les autres, avec la précision du métronome : une petite vingtaine de modèles lancés par un premier mannequin plein d’entrain ; des pièces clés qui soulèvent un émoi plus ou moins contrôlé dans les rangs de spectateurs dont les sièges grincent régulièrement au gré des rythmes africains proposés par une bande-son savamment confectionnée par l’illustratrice sonore du défilé ; un final variant selon l’inspiration du créateur, qui une fois les mannequins sagement rangés, se faufile timidement sur le podium, sous les acclamations chaleureuses d’un public conquis.
Conquise, je l’étais aussi. Et je vous en parle d'ailleurs très vite dans un autre article.
Source: Innocente Messy Online
 
Clap de fin pour la première journée.
Il est temps pour nous de découvrir le spacieux appartement du quartier de Kensignton & Chelsea (oui, Notting Hill, tout ça...), loué pour nous par Motions et d’entamer la deuxième partie de la soirée.
 
 
 
The show must go on...
Qu'importait la fatigue, la deuxième journée fut une répétition d’autant mieux rôdée de la première : les défilés rythmaient nos va-et-vient, que ponctuaient des interactions faciles avec les uns et les autres, le networking 2.0, les consultations frénétiques des différents réseaux sociaux kaléidoscopant  les lumières froides des smartphones, les flashs et les éclats de rire complétant cette illustration fidèle de ce qu’évoque les mots « Fashion Week » au profane.

Des looks plus pointus que la veille paradaient, à la faveur du weekend. On ne savait où donner de la tête. Mention spéciale à la Zambienne Odette Steele ainsi qu'aux blogueuses René Daniella et Fro Girl Ginny entre autres.
Odette Steele, fière Zambienne au look inédit.

 René Daniella et Fro Girl Ginny en pleine conversation au stand Motions.
 "Can I take a picture of you, please? "
 
 La vraie star du podium
Au cours du dernier défilé, la page Instagram de Motions Hair UK et les confirmations de Diabou m'apprirent que Laila, de la chaîne Fusion of Cultures, était sur le stand Motions. J’allais donc la rencontrer quelques minutes plus tard. La boucle était bouclée. Un dernier défilé et la soirée pouvait évoluer doucement vers sa suite logique et naturelle…

 Source: Compte Instagram +FusionofCultures 

 
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Deux journées à huit centimètres du sol, trois défilés, deux de mes YouTubeuses préférées et une expérience exhaustive de ce qu’est une véritable Fashion Week… ce weekend fut, à n’en point douter, la meilleure façon de découvrir Londres.

C’est donc riche de ces souvenirs inoubliables, de cette expérience des plus instructives et de ces admirables démonstrations de professionnalisme, que je réitère mes remerciements à Aïcha ainsi qu’à la team Motions UK pour cette belle entrée en matière…
 
 
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Les photos ne m'appartenant pas ont été sourcées.
Toutes les photos non sourcées ont été prises par mes soins.
 
 
 

24 juillet 2015

IMANE AYISSI

 

Cette semaine, on a contemplé avec grand intérêt la collection Printemps-Eté 2016 d’Imane Ayissi, intitulée Beussanda.
Ce faisant, on n’a pu s’empêcher de succomber à  l'entêtant imprimé batik aux accents nostalgiques, aux harmonieux culotte pants raccourcis, aux coquets crop tops justement proportionnés,  aux ersatz cependant élégants de pagnes noués "à l’africaine" et aux combinaisons minimalistes dont on devine la complexe élaboration (nommée "beussanda" en ewondo du Cameroun).
Dans le monde d’Ayissi, les basiques sont certes maîtrisés mais le paradoxe est aussi pleinement cultivé: coupes inflexibles; souplesse de l'ingénieux jeu de pliage; délicieux origamis textiles doués de mouvement; mise en beauté exquise de mannequins placides, évoluant aux confluents des genres et des cultures.
On a donc fini par se dire qu'Imane, l’ex mannequin et danseur, avait décidément pris le bon chemin, avant d'espérer que ce dernier soit long et semé d'autant plus de succès
(et on a aussi lancé "Shazam", au passage, tant la mise en musique du défilé est elle aussi des plus convaincantes - on vous en parle ici).
 
Plus d'infos sur: http://imane.ayissi.free.fr/

08 mars 2014

DE QUI SE MOQUE KARL (LAGERFELD) ?

LE HOUSEWIFE CHIC DÉCRYPTÉ


J’aime Karl. Presque autant que Marc.
 Promis, je ne vais pas recommencer. 

Karl est drôle, n'est-ce pas?


Karl est d’une franchise proprement has been à une époque où le must est de surtout veiller à taire ce qu'on pense.


Karl dit tout, haut et fort et avec un charmant accent qui plus est.


On est donc  habitués à ses sorties controversées.


Les kilos qu'il a miraculeusement perdus en quelques mois (et jamais repris) ont causé la polémique il y a quelques années.
Plus récemment, il a avoué qu'il trouvait Adèle "a little too fat". (1)
Nos amis les bien-pensants le soupçonnèrent donc immédiatement de faire l'apologie de la minceur.
Prévisible.


Car enfin qu’attend-on vraiment d’un créateur de mode ?
Qu’il nous fasse l’éloge de la normalité?
Qu’il nous rassure et nous dise que nous sommes toutes très bien comme nous sommes ?
Qu’il n’ait pas la vanité de croire que ses créations géniales ne méritent d’être arborées que par de charmants porte-manteaux parfaitement calibrés ?


Soyons honnêtes.


La mode est cruelle et, en tant qu’art, exigeante.
Et Karl le dit sans anesthésie, ni péridurale. 


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Ouverture du défilé Prêt-à-porter AH 2014-2015: une troupe de mannequins accoutrés de tweed entre en scène.
 
Classique.

Mais le décor, lui, interpelle.
Rayonnages à perte de vue. Affichage racoleur. Promotions indécentes.
Bienvenue au Chanel Shopping Center.

Cara Delevingne pour vous servir.

Et si la démarche est au mannequin ce que le flow est au rappeur, celle de Cara et celle de la fille sous RedBull qui lui emboite le pas, m’évoquent lean back: un truc street, très urbain.
Et puis tweed sur silhouette mimant le jogging ici, layering (2) par là et sneakers un peu partout.
La collection  prêt-à-porter de Chanel imite un quotidien loin d'être glamour.
On singe ici la femme au foyer, celle qui ne pourra jamais s'offrir de telles pièces.

L’art imitant le réel, donc.

On imagine d'ailleurs Karl s’offusquer de l’apparence négligée de cette femme surmenée et décider de la transformer en Housewife chic. (3)
On imagine Karl décréter entre deux coups de crayon: "I think everyone should run errands like they have a date at the cash register" (4)
Et d'ajouter que le beau est accessible à toutes, pourvu qu’on veuille s’en donner la peine.
Il est sympa, Karl : il veut aider les femmes, toutes les femmes, même celles dont le quotidien banal et le cheveu filasse l’affligent profondément.

Il se moque surtout.
Et  moi je m'emballe: je perçois cette ouverture de défilé comme une énième démonstration de cynisme brutal et facile.
Détourner le quotidien bien réel de la classe moyenne pour mieux amuser le parterre de clientes fortunées, coupées de la réalité et trouvant ce spectacle d'une vie quotidienne sublimée tout à fait  exquis, voire exotique.

De qui se moque-t-on?

Mais, attendez un peu… Qu’entends-je ?
 "Quand le jambon est bon c’est le jambon Cambon!",
"Une petite faim ? Un trou de mémoire ? Vite ! Une madeleine Chanel!",
déclament tour à tour Mademoiselle Agnès et Loïc Prigent.   
Et puis on distingue un sac sous cellophane à l’épaule d’un mannequin, tandis qu’un énorme cadenas et un panier, tous deux ornés de la chaîne emblématique de la marque, pendent aux bras de mannequins pressés.

Une fois leur circuit bouclé, les filles se perdent dans les allées et feignent d’être affairées.
Ooops, une bouteille tombe :
« Tenez, c’est à vous, je crois ? » « Oh ! Merci », semblent se dire deux mannequins asiatiques.
Mais de qui se moque vraiment Karl?
 De lui-même, d'une certaine façon.
A travers l'hommage rendu aux commentateurs de mode, dont les voix désormais célèbres interrompent régulièrement la mécanique savamment huilée du défilé, s'opère une critique évidente de la société de consommation, dont l’industrie la mode n'est après tout qu'un des maillons.  Au cours de ce quart d'heure haut-en-couleurs et inattendu, le monde de la mode prend du recul et s’observe, de gré ou de force; une forme de méta-mode mise en scène par Karl (qui d’autre d’ailleurs ?) se donne en spectacle.

Karl se moque d'un système à défaut de se moquer de lui-même (5).
Celui qui dit de lui-même "Everything I say is a joke. I am a joke myself"(6) entend souligner le caractère excessif et souvent caricatural du milieu auquel il appartient: on se disputerait une vulgaire tranche de jambon si elle était griffée Chanel et trouverait toutes les vertus à n’importe quelle madeleine pourvu qu'elle porte l'inscription Chanel. 

 
En somme, femmes au foyer débordées ou clientes Chanel obnubilées seraient unies dans la même obsession de posséder, de sublimer leur condition en accumulant frénétiquement, qui chocoCOCO (ou bisCOCOttes), qui it bag soigneusement mis sous cellophane tant il est vénéré. 

 
CC, Coco Chanel pour les intimes; carcan de la consommation pour toutes.
Il y en a pour tout le monde! 

 
Je m'étais donc emballée.

Loin de l’image policée de la Maison à l’incontestable renommée, Karl a osé instiller un brin de subversion somme toute rafraichissant, voire irrévérencieux. Le spectateur attentif aura en effet noté l'allusion à Coco Chanel, redevenue Gabrielle, et muée en brie, tendre et dur à la fois.
"What I've done, Coco Chanel would never have done. She would have hated it." (7), a un jour dit Karl.
Tout à fait.

Mais Coco who ?
  Crime de lèse-majesté, je sais...

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(1) un peu trop grosse
(2) superposition de vêtements, voir article
(3) femme au foyer chic
(4) citation contrefaite ("Selon moi, tout le monde devrait faire ses course vêtus comme si un rendez-vous galant les attendait à la caisse")
Citation originale: “I think everyone should go to bed like they have a date at the door" ("Selon moi, tout le monde devrait aller au lit vêtus comme si un rendez-vous galant les attendait à la porte")
(5) 'I am like a caricature of myself, and I like that. It is like a mask. And for me the Carnival of Venice lasts all year long.' ("Je suis en quelque sorte une caricature de moi-même et cela me plaît. C'est comme un masque que je porterais. Et pour moi le Carnaval de Venise durerait toute l'année")
(6) "Je ne dis jamais que des blagues. D'ailleurs, je suis moi-même une blague"
(7) "Tout ce que j'ai fait, Coco Chanel ne l'aurait jamais fait. Elle l'aurait même détesté"