27 décembre 2020

LE HAIR SHAMING DANS LA COMMUNAUTÉ NOIRE (ET AU-DELÀ).


Hair shaming

nom masculin invariable 

  • anglicisme et néologisme, (né un jeudi soir de décembre dans l’esprit hyperactif d’une greluche qui ne supportait vraiment plus qu’on questionne ses choix capillaires), composé du mot « hair » (si tu n’as pas validé ton niveau A2 en anglais, ouvre donc un dictionnaire) et du mot « shaming » (gérondif de « shame », humilier), sur le modèle de concepts plus populaires et, de ce fait, galvaudés, tels que le « body shaming », le « mom shaming » ou encore le « slut shaming ».

Voilà pour les considérations d'ordre étymologique. Mais sinon, Falblabla, c’est quoi le hair shaming ?




« Les cheveux, c’est votre problème. »



Le cheveu noir. 


Rien de banal. Tout d’exceptionnel. 


Il suscite polémique et controverses au sein de la communauté et même au-delà. 

Tenez, une femme blanche m’a un jour appris que les cheveux, c’était notre problème (comme s’il n’y en avait pas d’autres plus brûlants, plus pressants). Une phrase facile (comme on m’en sort, hélas, souvent dans le milieu dans lequel je baigne), égrenée doctement et sans vraiment tenir compte des faits, ni de l’énormité qui venait d’être débitée. 


Les faits, donc: plus fragile (puisque implantée près de la surface du cuir chevelu), moins résistante (40% de moins que son antithèse capillaire, le cheveu asiatique) et 15% moins extensible que ce dernier, cette fine spirale peu pourvue en sébum a en plus le toupet (c'est drôle, je sais) de rétrécir au contact de l’humidité, ce qui réduit considérablement, et seulement en apparence, sa longueur.


C’est donc notre problème. 


Et si c’est une femme blanche qui me l’a appris, c’est en partie parce que nous, en tant que communauté, en faisons des tonnes, en avons fait notre problème et y avons cristallisé tous les tourments auxquels la couleur de notre derme nous expose au lieu de célébrer la richesse que ce même derme implique. 

Tenez, par exemple, le fait que les rides ou les cheveux gras, pour ne citer qu'eux, ne soient pas notre problème (et c'est justement parce qu'elle était bien consciente de ces réalités que ces mots malheureux ont franchi le seuil de ses... lèvres).


Trêve de digressions perfides.





« Black is beautiful. »


Avoir le cheveu crépu, c’est arborer la fibre capillaire certes la plus fragile mais aussi la plus complexe, la plus fascinante et la plus paradoxale qui soit; c’est porter en guise de couronne un marqueur racial (et, de facto, culturel) fort, une identité singulière, attachée au seul peuple africain et à ses diasporas. Il complète les reflets dorés de notre derme fier et en réaffirme la particularité (le mot clé étant « compléter »).


Avoir le cheveu crépu c’est aussi un emploi à temps plein (sous la supervision d'un patron particulièrement caractériel), voire un sacerdoce, nécessitant un dévouement sans faille. Sinon il casse. Il boude. Il se paie même le luxe de faire la grève (je rappelle que c’est lui le patron, mais aussi qu’il est paradoxal). Setback. Il faut tout recommencer. D’où l’urgence de le protéger grâce à des coiffures dites protectrices (braid outs ou twist outs, tresses, extensions ou même perruques...).


Avoir le cheveu crépu, c’est enfin, et surtout, disposer d’une texture malléable, qui se travestit, se mue au gré des caprices de celui qui le porte (ou plutôt qu’il porte) et change de forme et de longueur au gré de ses envies. 


     
à gauche: coiffure traditionnelle Mutudzi (Rwanda) et à droite: coiffure Wolof (Sénégal)


« Black is beautiful ». La formule n’est pas galvaudée; nos ancêtres ne le savaient que trop. Dignes héritiers de l’Égypte antique (dont l'art capillaire fut glorieux) et conscients des contraintes imposées par la nature de leur cheveu, ils l’ont sculpté et en ont fait le messager de leur identité (leur âge, leur rang social ou leur ethnie) mais aussi de leur préférence (et le mot n’est pas anodin), l'étirant à leur guise et y ajoutant divers objets décoratifs, extensions et accessoires en tous genres.


Et puis ça:



Entre ce cliché et l’image de nos bienheureux aïeux libres du joug occidental, qui modifia irrémédiablement leur perception d’eux mêmes, il y eut l’esclavage puis la colonisation, la ségrégation (et pas seulement sur le continent américain), qui forcèrent fatalement l’Afrique et sa diaspora à se percevoir exclusivement par le truchement du regard de l’occident. Il y eut des cheveux camouflés (car le saviez-vous, les femmes blanches dans les colonies d’Amérique ne supportaient pas la vue de ce cheveu luxuriant qui fascinait tant les hommes; cf. "Lois Tignon" ), puis malmenés et lissés de façon permanente. 


Or, l’invention de l’afro découle ab initio paradoxalement de cette perception biaisée que nous avons, depuis, de nous-mêmes. L’afro était un des vecteurs de la révolution et de l’émancipation, le contrepied de l’hégémonie occidentale; il était là pour déranger et menacer un ordre établi. 


En dépit du bon sens cher à nos ancêtres (car, rappelez-vous, la délicatesse du cheveu crépu proscrit qu’il soit ainsi malmené), l’afro, hérésie capillaire s’il en est, s’est imposé dès le milieu des années 60 comme alternative à l'acte de "dégradation (littérale) de soi" que constituait le lissage chimique des cheveux pour Malcom X (et il s’invite depuis sur nos chefs dès qu’il est question d’affirmer notre identité et notre puissance).





« Quand le sage désigne la lune, l'idiot regarde le doigt. »


"Ce fut mon premier grand pas vers la dégradation de soi: le jour où je me suis infligé cette douleur atroce, brûlant littéralement mon cuir chevelu pour que mes cheveux ressemblent à ceux d'un homme blanc." *


Les propos de Malcom X sont lourds de sens mais cela n'empêche, ils ont été dévoyés et sortis de leur contexte: il y dénonce certes l'hégémonie de l'esthétique occidentale mais regrette surtout qu'elle conduise à une transformation radicale de nos caractéristiques intrinsèques et à une atteinte consentie de notre intégrité physique. 

(il en va de même pour l'éclaircissement de la peau, une pratique dont nous pourrions parler pendant des heures et qui m'irrite au plus haut point.)


Par ce dévoiement délibéré, le raccourci qu'il implique et le manque cruel de nuance dont il résulte, la perception que le Noir avait de lui-même s’opérerait, une fois de plus, exclusivement par le truchement du regard occidental, qu’il fallait cette fois non pas séduire mais choquer. 



Angela Davis fut elle-même exaspérée par cette aporie, déçue qu’elle était de voir son combat réduit à une simple coiffure, dont j’ajouterais que l’authenticité et la pertinence posent question.


Et après tout, Malcom X, dont je vous conseille vivement l'autobiographie (il vaut mieux la lire, dans le texte qui plus est, qu'en rêver), n'aura jamais été aperçu déambulant les cheveux en l'air et les Jeux Olympiques de la Négritude auxquels nous nous livrons de nos jours, et qui nous dressent (nous et nos cheveux) les uns contre les autres, le feraient doucement rire...



C’est donc bien cela: nous, en tant que communauté riche et variée, à l'image de notre chevelure, avons fait de nos cheveux notre problème et notre combat (encore une fois, comme s’il n’y en avait pas d’autres plus brûlants, plus pressants). 





« Je préfère quand vous avez les cheveux frisés. »


Par ces mots une femme blanche venait de perpétrer un nouvel acte de paternalisme infâme 


D’abord, mes cheveux ne sont pas frisés mais crépus. 

« Frisés »... comme un euphémisme-sparadrap posé sur l’innommable qu’on prétend pourtant glorifier.

(roulement d'yeux intense et tchip interminable)


Ensuite, elle venait de réglementer mon apparence en tentant (car j’ai la tête dure et, sans mauvais jeu de mots, elle a fait chou blanc) de m’indiquer à quoi j'étais censée ressembler, en 2018, aux yeux du grand monde blanc, ignorant ainsi totalement, au passage, que ses préférences m’importaient peu et que seules les miennes prévalaient. 


Ses préférences à elle, parlons-en. 



Car le lissage et la transformation du cheveu ne sont pas l’apanage des femmes d’ascendance africaine. Ils ne constituent qu’un élément de la large palette dont elles disposent et qui a été évoquée plus haut. Mais ils sont également pratiqués par toutes les femmes, quelle que soit la texture de leurs cheveux. 


Les femmes blanches domptent leur chevelure bouclée et se font passer pour des blondes (quintessence de la beauté, à ce qu’il paraît) en toute impunité. Loin de moi, toutefois, l’idée saugrenue de leur signaler que je goûte peu la prolifération de mèches, plus jaunes que blondes d'ailleurs, dans leur tignassse... Les asiatiques, quant à elles, bouclent leur raideur et les maghrébines lissent leurs courbes. 


Mais la femme noire doit, elle, se garder de toute fantaisie capillaire car son problème, rappelons-le, ce sont les cheveux, clé de voûte de son identité culturelle et laisser-passer synecdotique lui permettant d’infirmer toute velléité de reniement de soi. La femme noire est son cheveu et si ce dernier se transforme c’est alors qu’elle renie son identité. Il n’y a qu’à elle qu’un tel paradigme réducteur est appliqué et que d’elle qu’une telle orthodoxie capillaire est exigée. 


Les autres vous le disent, même dans les pubs: 

« je fais ce que je veux avec mes cheveux. » 


Pas la femme noire. 


Et figurez-vous que ça ne dérange personne...





« Moi, je les appelle les guenons. »


Porter son cheveu en étendard, en faire l’emblème d’une lutte dont le seul champ de bataille actif est un entrelacs de fibres capillaires, permettant ainsi opportunément d’omettre tous les sujets brûlants, les sujets pressants. 


Moi, ça me dérange.


Se tirer dans les pattes aussi. Le cheveu, censé conjurer la haine de soi, serait donc devenu le moyen de cultiver la haine entre soi. Des factions se forment, les clivages s’accentuent; le juste-milieu est alors proscrit: « nappy » contre « défrisées », « naturelles » contre « tissées » ou « perruquées », comme si le même derme n'était pas partagé et avec pour toile de fond une politique de la respectabilité qui, à mon sens, a très franchement des relents d’asservissement (et qui s'applique aussi, entre autres, à nos goûts musicaux, au passage) 

L’asservissement au regard occidental. 

Parce que nos cheveux seraient notre problème, il faudrait à tout prix s’échiner (ou mieux, s’écheveler) à prouver qu’il est comme les autres, reniant par là même ce qui en fait sa spécificité et sa majesté: la polyvalence et le paradoxe. 


« Toutes en chignon et en afro puff nous allons leur montrer que nos cheveux sont aussi beaux que les leurs ! »


Mais qui faut-il vraiment convaincre ? Et à quel prix ?


Ces hommes africains (et de la diaspora) qui justifient leur mépris de la femme noire par ses choix capillaires, entre autres arguments fallacieux, ou cette collègue africaine qui m’a un jour appris qu’elle surnommait les femmes aux cheveux lisses ou ornés de box braids (tresses longues avec extensions), « guenons », devant un public blanc médusé ? 



Exemple édifiant de hair shaming, n’est-ce pas? De la haine de soi à la haine entre soi, vous disais-je, il n’y a qu’un pas; dans un sens comme dans l'autre.


Pour ma part, je me méfie des cris de ralliement grégaire et des dérives qu’ils induisent, des postures radicales et sans nuances et surtout des injonctions émanant d’autorités douteuses, qu’elles viennent de ma communauté et encore plus d’ailleurs. 


Et je vous le dis et le répète: « je fais ce que je veux avec mes cheveux. » 

(Sauf le défrisage, hein, et pas que pour des questions de santé. Nous en reparlerons plus tard, si vous voulez bien.)



* "This was my first really big step toward self-degradation: when I endured all of that painliterally burning my flesh to have it look like a white man's hair." - The Autobiography of Malcom X as Told to Alex Haley.


06 janvier 2018

LES CINQ TRUCS QUE LES GRELUCHES ONT APPRIS EN 2017


La grande leçon de 2017, c'est qu'on n'a pas assez écrit.

Alors, comme en 2016, on fait le bilan et on se fait pardonner avec un article fleuve récapitulant les enseignements que nous avons tirés de ces douze mos passés à procrastiner.

C'est parti!

Leçon 1: Rihanna, présidente!

Pas de panique, Beyoncé n'est pas sur le point d'être détrônée.


Il y a les reines, et puis il y a les princesses. 

Et Rihanna, c'est une sacrée princesse.

(la preuve ici - et notre tout premier article en prime! ^^)

Il était une fois, quand Beyoncé mangeait à tous les râteliers (et nous aussi d'ailleurs) et qu'elle faisait de la musique bien comme il faut pour gens bien comme il faut, est apparue une fille qui avait le don de m'énerver: elle chantait "Pon de Replay" (pastiche médiocre de sons riddim arrangés), portait un jean bien trop large et surtout, surtout, elle affirmait être l'archétype de la beauté féminine ("la femme parfaite", si je me souviens bien), alors sans autre forme de procès, je l'ai nextée

J'ai bien vite retourné ma veste. Je suis une greluche et j'ai besoin d'options, alors mes vestes sont réversibles, ne vous en déplaise. Un parapluie, une coupe désormais iconique et l'intervention salutaire d'un Jay-Z finirent par me convaincre. 
A l'écouter parler d'autre chose que de sa fascinante beauté, on a vite compris que cette fille était là pour durer. Elle rafraichissait par son ostensible manque de contrôle et par son acharnement à vivre sa vie comme elle l'entendait et pas autrement. 

Et puis un matin, on se réveille, on lance machinalement Instagram et on tombe sur le teasing de l'année 2017:
 

On en avait rêvé. Enfin, nous autres les WOC, à qui on réserve trois teintes de fond de teint ou de rouge à lèvres dans les gammes mainstream de maquillage. Trois teintes, sachant que s'il ne devait y avoir qu'une seule fille sur cette planète qui refuserait catégoriquement de se montrer au monde ne serait-ce que pour aller acheter sa baguette de pain au coin de la rue sans passer par un minimum de mise en scène esthétique, eh bien, elle serait WOC* à coup sûr...

Alors, que nous dit Riri quand elle crée sa propre ligne de maquillage? Elle nous dit: "Je vous ai comprises!" (comme dirait l'autre). Elle nous rappelle aussi qu'elle est humaine comme nous. Elle trompète sans crainte de déranger les fétichistes de la norme: "Moi aussi, je suis une WOC* et on n'est mieux servi que par soi-même!", avant de fanfaronner "Tous aux abris! J'arrive!". 
Et tous tremblèrent.
M'enfin, voyons, une quinzaine de teintes pour WOC*, qui dit mieux?
Pas même MAC (qui nous a pourtant rendu beaucoup de services, nous autres WOC*, et avec qui elle avait créé le fameux "Riri Woo" que toute modeuse qui se respecte a en sa possession).


*WOC = Woman Of Color = femme "de couleur" = pas dans la "norme" = toc en termes purement marketing (et en marketing seulement)


Ceci dit, je vous préviens: seules les grandes filles pourront jouer avec les fonds de teint Fenty. Pour avoir swatché quelques teintes, je peux vous dire que la couvrance est optimale et le fini mat. Alors, j'ai beau faire ma belle mais je reste sur mon classique MAC, faible couvrance et hydratant, juste suffisant pour illuminer sans effet voiture volée, si vous voyez ce que je veux dire.

Pour toutes les autres, il y a pléthore de blushes et autres highlighters ("Trophy Wife" est too much à mon avis, sauf si vous êtes YouTubeuse ou star d'Instagram et que vous aimez briller de mille feux). 


Et le lendemain de Noël, un miracle s'est produit: Riri nous a pondu 14 teintes de rouges à lèvres baptisés "Mattemoiselle", qui ne feront pas office de piètres pis-aller pour la WOC de base.
Un rêve devenu réalité!

 

Enfin, deux autres points importants: le packaging est ravissant à souhait et la nomenclature pleine d'esprit! 
Deux raisons supplémentaires de faire du casse de Riri, la plus belle leçon de 2017! 




Leçon 2: C'était mieux avant.

Et d'ailleurs le petit retour des seventies et du look preppy m'enchante grandement. Les robes à fleurs mi-mollet éveillent chez moi un intérêt quasi obsessionnel et rien que pour ça, j'envisage les talons comme une option plausible dans mon shoesing. L'heure est grave, donc. Le tartan et le prince de Galles (pas Harry... quoique, de nos jours, qui sait? ^^) me séduisent tout autant et emplissent mes placards d'un swag tout à fait anachronique, qui couplé avec mes baskets font battre mon petit coeur de modeuse éprise de contradictions contrastes.

 
Source: Olivia Emily  


Source: Vogue

C'était aussi mieux avant parce que la musique de 2017 m'a laissée indifférente. 

Il y a eu des incontournables bien sûr; Kendrick  a fait le travail, Pharrell un retour fracassant (j'en parlerai bientôt, même s'il est certainement trop tard), SZA un tabac et Beyoncé une sorte de rétention musicale insupportable (je veux ma dose, il est temps qu'elle sorte un album, bon sang!) 


Alors, oui, j'ai boudé les charts

Mais ma vie sans musique est un calvaire. Il a bien fallu que je m'abreuve à d'autres sources. 

A battuta, des airs 80's sont un jour parvenus à mes oreilles, un truc familier qui ravivait de doux souvenirs d'enfance et la voix de Sade brisa cette interminable traversée du désert musical. 



La classe sans effort de Sade. Le charmant minois de Sade. Le mystère captivant de Sade. 




Le pull de Sade.



Je l'ai arboré la mi-saison venue et me suis appliquée à décréter "C’est Sade!" à chaque fois qu’un compliment m'était adressé. L'envie de me lancer dans une tirade écœurante d'éloges démesurés s'est souvent saisie de moi mais, à part vous et quelques autres privilégiés, je n'aime pas beaucoup ennuyer les personnes à qui je m'adresse.
Alors, une idée a germé, convoquer les mélodies d'antan, revisiter les classiques. Au hashtag #monthofsade a succédé #monthoflauryn  . Lauryn Hill et sa liturgie rastafari, pour le mois de novembre. Pause en décembre pour des raisons évidentes. Et je vous l'annonce, janvier sera #monthoferykah . L'intimidante et charismatique Erykah Badu. Nous verrons bien.
Pour l’instant, mes voyages musicaux se cantonnent à des époques familières, mais je compte pousser l'exploration plus loin. Et je m'en tiens à des femmes noires puissantes. 
Mais rien n'est dit et je vous tiendrai au courant.




Leçon 3: Facebook, c'est ratchet.com

Oui, je l'ai dit et je le répète: Facebook, c'est ratchet.com

Je vous parlais de ma Phone Detox ici il y a peu et j’en applique désormais les principes à Facebook. 
Il n’y a franchement rien de bien profond dans le fait de décréter du jour au lendemain que Facebook est ratchet. Juste que je n’en vois plus trop l’intérêt, au quotidien du moins. 
Ne vous méprenez pas, je comprends tout à fait que l’on partage les grands événements de sa vie sur Facebook, ou même qu’on se fende de temps en temps d’une remarque qui sonne bien ou qu'on y interagisse régulièrement avec son prochain, surtout s'il est loin. 
Prendre des nouvelles, partager sa musique sur Facebook ou encore promouvoir son activité ? Grand bien te fasse.
Mais ça, c'était avant. Et Facebook, c'était bien avant.

Non, le problème est autre.

 


Les aléas de l'actualité aidant, nombre de nos congénaires perçoivent de nos jours Facebook comme une sorte de café du commerce 2.0 dans lequel on déverse ses états d’âme sans retenue, et par le truchement duquel chacun d’entre nous, quel que soit son degré de légitimité ou de compétence, peut se muer en un clic en expert politique, en spécialiste de l'ontologie contemplative ou en chantre de l’intériorité (paradoxalement exteriorisée au possible).
Qu'ils fassent donc comme nous: qu'ils ouvrent un blog. Lira qui voudra...
 
Vous l'ignorez peut-être, mais lorsque quelque chose me turlupine, je m'efface sur la pointe des pieds sans mot dire, sans déranger.

Bref, sans même le faire exprès, j’ai ghosté Facebook en 2017.

Cet harakiri virtuel génère bien malgré moi une série de malentendus croustillants : non, je n’ai pas omis de te souhaiter ton anniversaire ; je ne suis pas sur Facebook . Ta photo de profil, je ne l’ai pas likée, parce que je ne suis pas sur Facebook. T’as déménagé ? Je ne le savais pas : je ne suis pas sur Facebook.
 
T’es vexé(e) ? 
CQFD. 
Facebook, c'est ratchet.com 



Leçon 4: Trop de choix tue le choix.

Et tout ça c'est encore la faute du net.

Déjà, l'augmention du nombre de caractères et la possibilité de créer des threads sur Twitter, l’extension digitale de mon cerveau désormais en voie de "facebookisation", m'avaient fortement perturbée cette année. 
Car plus il ya de choix, plus mon cerveau s’embrouille
.
Il en fut de même pour le shopping en ligne. J’en avais fait une priorité en 2017. Pas une pièce achetée en magasin pendant 11 mois. Des heures passées sur les sites de mes enseignes favorites et des paniers remplis à ras-bord, avec l’illusion que le choix permettait un tri qui assurait lui-même une pertinence vestimentaire imparable. Mais cet embrouillamini bien plus digital que textile induisit quelques savoureuses méprises : des robes trop courtes (si vous mesurez plus d’1m75, vous me comprendrez), des matières d’un cheap à peine soutenable, qu’on aurait promptement disqualifiées en magasin ou encore des coloris non conformes aux doux rêves nourris par une inspection soigneuse d’une pièce, parfois mise en mouvement par un mannequin enthousiaste de chez ASOS par exemple. 



Alors, j’en revins au traditionnel offline shopping. Se rendre en magasin, sans idée précise de ce que l’on cherche et se laisser porter par l’envie du moment, avec toutefois une idée préconstruite de ce que les canons de la tendance imposent. Réserver le shopping en ligne aux basiques ou aux pièces originales que nul magasin alentour ne proposait. Voilà donc la parfaite alchimie pour un shopping réussi. Testez-la donc et tenez moi au courant !




Leçon 5 : Il y a des porcs là-dehors.

Être un porc en 2017 fut une tendance incontournable. Il fallait absolument affirmer sa puissance et brandir ses privilèges patriarcaux entre autres, à défaut de brandir autre chose.

Certains en ont même fait un art.
Tenez, Jay Z.
On l'aime bien Jay Z, mais il faut dire qu'il a un sacré toupet. 2017 fut l'année du jackpot pour Jigga, sans punchline, ni flow. La prouesse de Jay Z en 2017? Avouer. Une sorte d'auto-snitching plein de faux bons sentiments et, il faut le dire, assez écoeurant. Beyoncé avait bien évoqué ici et là l'infidélité notoire d'Hov, mais parce qu'elle est elle et qu'elle est parfaite, ce fut fait avec élégance et subtilité. D'aucuns ont vu le nouvel opus de Jay-Z comme un acte de bravoure, l'occasion de parler des choses qui fâchent et peut-être aussi de brûler une idole par l'entremise de celui qu'elle a choisi d'aimer.
Mais nous, on n'est pas comme ça: on s'insurge! Car enfin, aller à confesse en public et intituler ce mea culpa médiatique 4:44 (sachant que 4 est le chiffre fétiche de Beyoncé, et le mien aussi, ce qui m'irrite d'autant plus), c'est l'humilier un peu plus, au vu et au su de tous et détruire la réputation immaculée qu'elle a mis tant d'années à se forger.

Alors, ici, on a boudé 4:44 et décidé d'en réserver l'écoute à plus tard. Quand on aura cuvé. 


On appris d'autres choses en 2017, mais je sens que vous allez me détester (si ce n'est déjà le cas ^^). 

1, 2, 3, allez, je me lance.

En 2017 on a feint d'apprendre que les violences faites aux femmes étaient une réalité. On a aussi appris qu'il y avait des porcs parmi nous. Et qu'il fallait les balancer. L'hallali virtuel, en français du moins, fut sonné et il nous a éloignés selon moi de la genèse du mouvement #metoo : un appel, certes, mais aussi et surtout un appel à la solidarité féminine, à la solidarité tout court et une initiative qui force le respect puisqu'elle aura permis de libérer la parole. 

Mais quelle parole au juste, pour qui sait que ce combat, et ses corollaires, est mené dans l'ombre depuis des années sans susciter une telle indignation et que les piliers du mouvement ne ressemblent en rien aux femmes mises en avant par le très médiatique hashtag #metoo ?
 
Observons la une de Time Magazine.



Taylor Swift consacrée "personne de l'année". 
Un sentiment de déjà vu nous gagne et on aurait bien appelé Kanye West à la rescousse mais il paraît qu'il est occupé ailleurs...




Blague à part, que nous dit cette une? Que l'initiative a été en quelque sorte dévoyée en bout de piste, qu'elle n'a pas été assez inclusive, qu'elle n'a concerné qu'une poignée de femmes et enfin que ce hashtag censé dénoncer les privilèges (patriarcaux) des uns révèle aussi ceux (sociaux et économiques) des autres. Et puis comment, quand on s'appelle Taylor Swift par exemple, s'indigner à coup de #metoo et dans le même temps dédaigner l'appel à la solidarité du mouvement #blacklivesmatter qui est fondé sur les mêmes principes et dénonce lui aussi injustice, opression systémique et abus de pouvoir. Elle qui sait si bien garder le silence face aux débordements racistes de ses fans saurait sûrement très bien l'expliquer...
 
En 2017, les indignations furent donc sélectives. Pour changer. 

Mais ne vous méprenez pas, je considère le mouvement #metoo comme une belle initiative qui a permis d'engager une réflexion sur une question tabou. Je souhaite simplement que ce simple hashtag qui tient en deux mots suffise à résoudre la vaste question des droits des femmes, de toutes les femmes; une question qui ne saurait se résumer au harcèlement sexuel. Violences domestiques, mariages forcés, mutilations: la liste est hélas longue et le combat aussi.