30 octobre 2021

ENCORE UNE HISTOIRE DE SAPE...

 (by Fal-bla-bla)

... et de procrastination.

Des semaines, que dis-je ?, des mois que je me dis qu'il faudra bien reprendre cette histoire de blog un jour. Mais j'étais occupée à autre chose, voyez-vous, et c'est sans regret que j'ai laissé choir, éhontément donc, mes devoirs blogosphériques. Non pas que je n'aie songé à alimenter cette friche qui me tient lieu de blog tous les jours (et je n'exagère pas), mais je ne fus pas non plus accablée par la honte. Au mieux, par un FOMO majeur (expression qui dénote d'un certain déficit de fraîcheur dans le game). Peur d'être passée à côté de telle ou telle tendance que j'avais pourtant bien reniflée ou de tel phénomène en vogue qu'il fallait absolument décortiquer. Une greluche ne se refait pas.

Aussi, en ce soir pluvieux (et on sait tous à quel point j'aime la pluie et l'état d'exaltation dans lequel elle me plonge, haha), j'ai décidé de ne plus faire de ce blog une corvée et d'y poster tout ce qui me passe par la tête (enfin presque, correction oblige), par les yeux ou les oreilles.  

Tenez (vous remarquez que je passe du "vous" au "tu" d'article en article et sans la moindre cohérence ?), une descente sur Youtube m'a permis de dénicher un joyau sur la chaîne de l'INA (que je vous conseille vivement, au passage): "1984: Les rois de la sape !" On était pour la plupart à peine nés; eux étaient beaux, passionnés et surtout sacrément élégants. Un court documentaire touchant et hilarant, plein de chiffons qui "se froissent avec noblesse et se tremblent avec élégance", de personnages truculents et attachants et de petites phrases dont on ne se lasse pas (vous pensez bien que je l'ai regardé au moins trois fois d'affilée et que je le connais presque par coeur; certes, j'ai arrêté d'écrire mais certaines choses n'ont pas changé...)

Cet article est aussi et surtout une référence à "Un sapeur sachant se saper", dédié il y a six ans déjà (six ans !)  à cette culture qui m'a toujours fascinée et que je vous invite à (re)lire. Une référence à une époque où je bloggais au petit bonheur la chance, au gré de mes passions...

30 octobre 2016

BLACK TV

(by Fal-bla-bla)

 

Cet article est en quelque sorte une référence à "Crack TV", un texte dans lequel je m'enthousiasmais à l'idée qu'il y ait davantage de Noirs à la télévision... américaine (pour la française, on verra dans 10 ans; l'Amérique innove, la France rénove, c'est bien connu). 
Il s'agissait alors de passer en revue un échantillon d'émissions de téléréalité dont les personnages étaient exclusivement noirs. C'était rare, c'était frais, c'était surtout tout ce qu'on avait, alors je m'enthousiasmais. 
Je m'enthousiasme pour un rien, c'est bien vrai.
Car, vois-tu, aujourd'hui, il y a mieux; beaucoup mieux: la télé a sacrément évolué, et je ne te parle pas que de la télé qui vend du crack mais de la télé bien comme il faut. 
Elle a pris des couleurs, a abattu quelques murs, bazardé quelques clichés et ce, en une poignée de mois à tout casser.

À vrai dire, j'aurais pu consacrer cet article aux nouvelles séries qu'il ne faut absolument pas manquer et il s'avérerait qu'elles sont toutes centrées sur des protagonistes noirs; et dans un monde idéal, tout le monde s'en battrait la rate. Mais puisque le mot "nègre" est encore lâché de nos jours avec une décontraction qu'on attribue trop souvent à de la maladresse , ou mieux, à de la candeur, et qu'être noir dans certains coins des États-Unis revient à servir de chair à canon pour policiers enragés, il me semble tout à fait pertinent de noter que les séries qui font parler cet automne sont bel et bien noires.

Il y a peu, j'ai entamé un article sur l'identité de la femme noire à travers quatre séries dans l'air du temps: "Empire", "Scandal", "How To Get Away With Murder" et "Being Mary Jane". Hélas, ce ne fut qu'une velléité de plus. Mais cet automne, je tiens enfin l'occasion de me rattraper. Et pour bien faire les choses, je compte t'entretenir de l'identité noire tout court (et comme, d'habitude, la femme passera à la trappe ^^).

Vaste programme, me diras-tu... Eh bien, pas tant que ça. Ce que les séries auxquelles je pense ont d'exceptionnel, c'est justement de mettre en lumière à quel point être noir est banal. Elles ne te traineront pas dans les couloirs de la Maison Blanche, sur des plateaux télé, ou encore au coeur de procès médiatisés et elles ne se repaîtront pas non plus de stéréotypes rances - le Noir s'illustre en rappant ou dribble pour survivre. Il ne s'agit ni d'idéalisme, ni de misérabilisme mais plutôt d'un entre-deux apaisant, qui érige la banalité en principe de normalité.

"Atlanta"


Ma première découverte fut "Atlanta". J'affichais d'ailleurs dans "Crack TV" ma passion pour "la capitale noire des États-Unis". "Atlanta" reprend les clichés évoqués dans cet article: hip hop, ghetto et dope, le tout servi par des prises de vue, un humour décalé et des partis pris narratifs qui ont un étrange arrière goût de "Breaking Bad", assurant un contraste rafraichissant et posant un regard neuf sur une frange de l'Amérique, qui n'est qu'une version dystopique de "Surbubia", ou Wisteria Lane, pour les inconditionnel(le)s de "Desperate Housewives".


Derrière et devant la caméra: le rappeur Childish Gambino (pour des raisons évidentes, il préfère "Donald Glover" quand il s'agit de produire des séries télé à succès; comme on le comprend...).
Earn, campé par Childish donc, tente de percer dans le milieu du hip hop après avoir abandonné un brillant cursus à l'université de Princeton. Il renoue, pour ce faire, avec son cousin du ghetto, qui deale et rime à  ses heures perdues, connaissant une gloire soudaine et quelque peu usurpée, à laquelle Earn veut lui aussi goûter. Les temps sont durs et les opportunités rares. Ainsi, au même titre que son héros,  "Atlanta" exploite des clichés éculés en même temps qu'il les détruit, illustrant brillamment la banalité du quotidien et les zones grises aussi.



"Queen Sugar"


La banalité du quotidien, les zones grises, c'est aussi ce que propose d'explorer "Queen Sugar", qui plante son décor au coeur d'une plantation, dans le Sud des États-Unis, dont viennent d'hériter trois enfants du pays aux parcours contrastés.


Nova, la journaliste naturopathe, vit une idylle clandestine et s'évertue à opposer sa vie à la marge aux incohérences d'un système qui écrase ceux auxquels elle a choisi de s'identifier: ceux qui, acculés par les
privilèges de race et de classe d'une société clivée, tentent de survivre malgré tout.
(oui, fan de "True Blood", je te vois jubiler:  il s'agit bien de Rutina Wesley...)


Ralph, le repenti en manque de reconnaissance, tente tant bien que mal d'élever son fils. Emblème d'une négritude qui oscille entre splendeur et décadence, le personnage de Ralph est surtout pétri de dignité et d'une grandeur à peine perceptible.



 Charley, la demie sœur moderne établie en Californie, a quelque peu délaissé les siens mais pertes et trahisons ont fini par raviver son attachement viscéral à sa terre. 


Produite par Ophrah Winfrey, la série nous offre trois facettes de la négritude prises en charge par trois êtres puissants à la croisée des chemins, à l'identité constamment défiée par les tourments de l'époque à laquelle ils appartiennent.



"Insecure"


La complexité dépeinte par "Queen Sugar" est également le postulat de départ d' "Insecure", le remake façon HBO de "Awkward Black Girl" que les accros de YouTube auront sûrement savouré il y a quelques années. Issa Rae (Diop ^^) y incarne la femme noire comme elle a rarement été représentée à l'écran: 
maladroite, pétrie de doutes et profondément attachante. 

 
"Insecure" relate les aventures hilarantes et souvent pathétiques d'Issa (personnage inspiré à 80% par sa créatrice). 
Issa cherche l'amour,  Issa rappe, Issa évolue dans un milieu professionnel qui ne lui convient pas réellement (sa patronne est le sosie de Rachel Dolezal, c'est dire...). 

 
Issa c'est moi, c'est toi, quelle que soit ta couleur; parce qu'un jour, avant une soirée, toi aussi tu as essayé toute ta collection de rouge à lèvres devant le miroir et tu as rappé en alternant les personnages au gré des couleurs que tu appliquais. 
Tu n'oseras jamais l'avouer en public bien sûr; ça reste entre nous. 



Issa évolue elle aussi en zone grise, se faisant, notamment par ses tenues et sa coiffure afrocentriques, l'emblème d'une culture dont elle s'échine pourtant  à rejeter les clichés. Elle prétendra par exemple ignorer la signification de "on fleek" pour contrarier les préjugés de ses collègues qui se donnent pourtant tant de mal pour ne pas avoir l'air racistes. 
Un truc que j'aurais moi-même fait sans scrupule, au passage.




Voilà donc trois séries qui réécrivent l'identité noire à leur façon et explorent des chemins jusqu'alors délibérément ignorés par la fiction destinée au grand public.
Bref, il semblerait qu'en ce moment  la télé américaine soit un vaste supermarché de la negrirude, celle qui ne s'excuse pas: il suffit juste de se servir !


03 février 2016

"MASTER OF NONE"



"Jack of all trades, Master of none" ou l'art délicat de choisir ses batailles.

 
"Master of None" est un tendre euphémisme qu'Aziz Ansari a attribué au personnage qui fera enfin oublier l'ineffable Tom Haverford. 
Notre cruel monde, quant à lui, ferait peu de cas de la poésie et se contenterait du vocable "loser".
 
Notre héros se nomme Dev et Dev, c'est aussi Aziz.
Il mène une carrière d'acteur bien piètre, qui lui vaut toutefois d'être reconnu pour des rôles publicitaires alimentaires sans grand intérêt. 
Dev est un trentenaire archétypal: encore enfant et s'efforçant pourtant d'aspirer à une existence d'adulte accompli.
Dev joue surtout à être grand.

Il rappèlera aux fanatiques de "Girls" une certaine Hannah, l'ego surdimensionné en moins. 
On aurait d'ailleurs juré que "Master Of None" était un pur produit d'HBO, en plus propret et avec un centrage exclusivement générationnel .
On notera tout de même une scène torride avec Claire Danes, qui aura certainement fait dire à Aziz: "Je peux désormais mourir en paix."

Les tracas professionnels de Dev et sa vie sentimentale tour à tour ubuesque et soporifique constitueront le cœur d'une intrique hilarante, pour peu qu'on soit sensible à ce genre d'humour. Et parce qu'après tout le monde est une scène, Aziz Ansari (auteur et acteur de la série) n'hésitera pas à solliciter ses amis (dont le scénariste Allan Yang et Eric Wareheim) mais aussi ses propres parents, avec pour thème central la sempiternelle question raciale aux Etats-Unis, vue cette fois-ci par le prisme inédit et rafraichissant de la culture américano-indienne et agrémentée d'une bande son constituée exclusivement de morceaux d'anthologie qui donneront toute leur saveur à l'incipit et au générique final.
Chaque épisode sera précédé de la mention "Master Of None presents..."
 
Vaste programme, que je vous invite à découvrir sans délai!
 

21 avril 2015

UNE SOIRÉE AVEC JEAN-PAUL (GAULTIER)

(by Fal-bla-bla)

"J'adore la mode, c'est ma vie"
Jean-Paul Gaultier

-
 
Mercredi 15 avril, une soirée banale que je vais pourtant passer avec l'homme à qui je dois mon pseudonyme et une grande partie de ma passion pour la fanfreluche.

Rendez-vous dans l'atmosphère feutrée d'un atelier parisien.
Une petite main, un mannequin couture et deux de mes personnes préférées sur terre (j'exagère à peine): Loïc Prigent et Monsieur Jean-Paul Gaultier réunis pour cinquante-deux minutes dédiées à une carrière exceptionnelle.

Par élégance, nous ignorerons le contexte. Les caméras, le petit écran...
Soyons fous!
Non, Ce soir, Jean-Paul Gaultier reçoit.
Jean-Paul me reçoit en personne, l'air enjoué, solide sur ses appuis, il parle avec les mains et surtout me vouvoie. J'apprécie cette coquetterie désuète, ce refus de la facilité et des familiarités. Je la goûte en trépignant, impatiente sur mon canapé.
Ah mais non, que dis-je? Je suis debout, voyons. C'est bien cela, debout face à lui, tout de noir vêtue, perchée sur des talons de douze, prête à écouter le Maître faire l'article des pièces qu'il me propose aujourd'hui.
J'en emporterai quelques unes, que je vous présenterai en mots et en images. 
Bienvenue chez Monsieur Gaultier, donc.

Monsieur ne se contentera pas de me présenter ses pièces emblématiques, il créera sous mes yeux pour mieux me convaincre - d'où le titre "Jean-Paul Gaultier travaille". Comme si j'avais besoin de l'être (convaincue), comme si la passion se travaillait... Non, Jean-Paul "cherche" perpétuellement, il s'amuse éternellement. Alors les idées se succéderont sous mes yeux déjà conquis et prendront vie, un peu comme à la veille d'un défilé. Submergée par l'émotion je le laisse donc œuvrer, en tâchant de dissimuler cette admiration débordante que je lui porte
(oui, bon, on est certes dans mon intérieur, sur mon canapé, mais tout de même, un peu de dignité!)

Jean-Paul annonce le premier numéro. L'occasion pour lui de me rappeler ses modestes mais brillants débuts à Arcueil.
1974. Hommage au punk, aux voyages londoniens, aux expérimentations balbutiantes, aux petites mains de circonstance qui ont construit à coups de ciseaux hésitants et d'aiguilles affectueuses la légende Gaultier.
Tout ce que j'aime: du tutu, du denim, de la ballerine et du perf'. Une pièce passée inaperçue à l'époque, un morceau d'avant-garde déjà maîtrisé, qui criait Gaultier mais que personne n'entendait.
"C'est un mélange qui résume à peu près mon style, tout mon style, je crois" , conclut le Maître.
Tout à fait, Monsieur Gaultier, permettez d'ailleurs que j'emporte cette pièce.

 
Jean-Paul parle et j'engloutis ses mots. Il dit des choses qui me plaisent mais qui passent peut-être inaperçues: "Mon préféré, parce qu'il est avec du noir". Jean-Paul s'abreuve aussi aux références  cinématographiques et théâtrales qui alimentent son discours et imprègnent son œuvre. L'emblématique corset lui vient de la comédie musicale "Nine", la veste masculine - pièce maitresse de la silhouette 80's - de Marlène Dietrich et la marinière de "Querelle de Brest".
 

La marinière, tenez. Jean-Paul sait à quel point elle m'est chère, alors il m'en met plein la vue: il en fait littéralement pleuvoir sur le studio. Il y en a tant. J'aimerais toutes vous les conter mais cinquante-deux minutes, c'est court.
D'abord, la marinière lacérée a retenu mon attention. Composée de lanières mises bout à bout, elle arbore un dos lacéré qui pourrait être porté à l'avant précise Monsieur. Déclinaison décadente qui me séduit.
On met de côté, s'il vous plait.
 

Le numéro 24 aussi, vous voulez bien? Ai-je vraiment besoin de vous en dire plus: "Bateau lavoir fourreau marin en organdi blanc et organza marine", déclame la voix rauque et suave de celle qui sera, pour ce soir seulement, et dans mon esprit, l'assistante de Jean-Paul.
So French!
 

Et la fraîcheur de cette minirobe à l'imprimé asymétrique abstrait, je prends aussi!  
1981, vous dîtes? Le vintage actuel, du pur génie!
 
 
Jean-Paul et son imagination débordante d'éternel adolescent, Jean-Paul qui démonte tout et voit tout par le prisme de la mode, rapprochant une boîte de conserve à un bracelet africain, alliant le geste à la parole; y laissant quelques gouttes de sang. "Accident du travail" lâche, laconique, le Maître pendant que les petites mains s'affolent autour du doigt meurtri. "C'est joli, hein, la couleur du sang, par contre". Tout à fait le genre de réflexion que j'aurais pu faire en pareille occasion. Il est charmant, Jean-Paul.

Un petit passage entre les doigts certes maladroits mais experts du Maître, une "extra-jeanpaulation" plus tard, ça donne ça:


A la fin des 70's, nous dit Jean-Paul, tout le monde portait des vestes imprimé camouflage. Ah, quel perpétuel recommencement que cette affaire de mode! D'ailleurs, je prendrais bien cette veste doublure lamé pour 2015 si vous voulez bien.
Les accents belliqueux seraient ultra-tendance cette saison.
Merci bien.
 

Jean-Paul nous parle aussi de ses "greffes ethniques" Denim et imprimé marocain, pied de poule sur imprimé asiatique. Et moi, tout naturellement, je craque pour la collection "Barbès" (1984) que Jean-Paul résume ainsi (palliant certainement ma recherche infructueuse d'images idoines): "Une Africaine qui venait à Paris et qui mélangeait des vêtements qui appartenaient à son ethnie et qu'elle mélangeait à des vêtements occidentaux et plutôt à des vêtements de Dandy." Une collection politique, à une époque où le racisme montait, renchérit Loïc. Un avant-goût d'aujourd'hui, à l'heure où le wax fait fureur dans les vestiaires tandis que la haine emplit les urnes.

2004 enfin. "La dégaine d'une amazone écuyère moderne". Des lanières en cuir à boucles enserrent la taille, le tour de cou et même le front; du camel à profusion et juste assez de franges.
 So Spring-Summer '15!
Je prends!
 

De l'avant-garde punk au chic rangé signé Hermès, la boucle est bouclée!

Mais Jean-Paul n'allait pas nous laisser repartir, moi sur mes talons de douze donc, les bras encombrés de dustbags remplis de pièces légendaires, sans une dernière anecdote qui m'a rappelé une enfance passée à imaginer, à décortiquer les jouets et à les transformer au gré d'une inspiration brute et sauvage. La peluche Nana, le premier modèle de Jean-Paul. Métamorphosée, maquillée, coiffée, extra-jeanpaulée avant l'heure. Je me sens moins seule tout à coup, pas vous?
Encore quelques mots et une révérence pour nous raccompagner:

"J'espère que vous vous êtes bien amusés et que vous allez pouvoir tous me copier!"

Merci, Jean-Paul.

-
 
Et si vous souhaitez vous amuser encore davantage avec le Maître:

-visionnez et re-visionnez le documentaire sur Arte Creative
-rendez-vous sur le site d'Arte pour le jeu interactif Gaultier Podium !
-ou au Grand Palais jusqu'au 3 août 2015 pour la rétrospective consacrée à Jean-Paul Gaultier.
 

04 février 2015

"EMPIRE", LA SERIE "PLUS HIP-HOP TU MEURS"...



Depuis que le hip hop est devenu fréquentable, il est aussi devenu marketable, analysable; théorisable, si j'osais. Et ça je l'ai vite compris en constatant que l'université américaine que j'ai fréquentée il y a quelques années proposait un cours intitulé "Hip Hop Cultures".
 
Enrique, latino, gay et truculent (d'accord, c'est aussi pour ça que j'ai choisi son cours et aussi parce qu'il me battait au poker tous les samedis soirs) dissertait des heures durant sur la mythologie hip hop, entouré de disciples WASP à une exception près (moi, donc), dans un cadre évoquant un remake très bon marché et très 21ème du Cercle des Poètes Disparus.
 
On y décortiquait l'émergence d'un phénomène, ses différentes expressions et son évolution. On y écoutait des extraits, comparait, débattait. Je rendais toute leur légitimité à IAM et NTM (paix à leurs âmes), refourguais du Diam's et de la boulette avec une candeur qui m'émeut encore des années après, et, surtout, découvrais ce qui m'avait jusqu'alors semblé anodin sous un jour neuf: celui de l'art et de la sociologie.
Epiphanie. Mais alors pourquoi étais-je la seule à éprouver tant d'enthousiasme? Ou plutôt, pourquoi étais-je la seule noire (ou latino, quand j'y pense) à assister à ce cours? Etais-je donc la seule de ma couleur à accorder du crédit à un des genres musicaux les plus racialement marqués? "I should take this class next semester. Never considered it", me rétorqua le charmant étudiant en média du service informatique qui m'avait aidée à monter la compile destinée à étayer ma présentation du hip hop made in France. Un "Assassin de la police" traîne encore sur le disque dur d'un jeune cadre, quelque part en Amérique. Il semblait que pour lui, le hip hop n'eût jamais été fait que pour danser et secouer la tête machinalement et non pour réfléchir et débattre, creuser et analyser. Etrange regard posé sur sa propre culture.
 
Pourtant, le hip hop que nous proposait Enrique se racontait non seulement en rimes et en flow, mais aussi à travers les jeux de mots, les tropes, l'imagerie dense, la richesse des textes et l'intertextualité de rigueur dans un art en pleine construction. Loin des clichés, on reconnaissait à ce son de la rue son véritable statut d'expression artistique, fertile et honorable. On feuilletait des livres, qu'on analysait comme on eût analysé un Roth, un Ford ou un Carver.
J'en restai là: la tête pleine de nouvelles idées sur ce qui allait désormais devenir ma musique de prédilection, m'éloignant doucement mais sûrement des niaises mélodies sucrées que jouait régulièrement mon Ipod fraîchement acquis. Impossible, désormais, d'écouter un morceau sans en analyser la portée sociologique ou la rattacher à tel courant, tel mythe ou tel sous-genre.
 
Un jour, des années plus tard, au hasard de mes pérégrinations virtuelles, je tombai une série de télé-réalité ("Love and Hip Hop") mettant en scène des figures un peu dépassées de la scène hip hop contemporaine, de la manière la plus indécente qui soit. Y étaient évoquées leur vie sentimentale et professionnelle (voir l'article qui y fut consacré). Le hip hop était donc devenu mainstream, selon la loi qui veut que n'est underground que ce dont on se méfie et qui paraît distant, voire inapproprié: voilà le hip hop banalisé par sa simple association aux mots "love" et "VH1". Je compris que la rue avait envahi les confortables salons américains, mais qu'elle avait aussi dû d'essuyer les pieds et laisser les Timbs à l'entrée. "Amour, Gloire et Hip Hop", la violence en plus et les "bip" stridents en guise de ponctuation. Ca fait plus authentique, vous savez.
 
Plus récemment, l'accession du hip hop au mainstream connut une nouvelle étape, et pas des moindres: il me fut donné, lors d'une énième virée sur YouTube, de visionner la bande annonce de "la série événement de l'année", qui n'en est qu'à ses balbutiements mais fait déjà beaucoup parler: "Empire".
 
 
Mieux que la crack tv, le crack opera, la série hip hop qui me rendrait accro comme jamais. J'aimerais ça, j'en redemanderais même si c'était bourré de clichés pour mieux convaincre ceux qui avaient regardé le genre avec dédain pendant toutes ces années.
 
Tout cela était éloigné du Hip Hop d'Enrique, bien sûr. Le genre sacrifiait un peu de sa noblesse pour mieux vendre. Il choquerait sans doute le vieil MC, puriste forcené, un peu party pooper sur les bords et plié sous le poids du bling écaillé: le hip hop vendrait donc son âme au diable pour engranger davantage de profits. Controverse, polémique sans fin.
Le hip hip doit-il rester street, hood? Faut-il le nettoyer? Le rendre classe et arty? Et Iggy Azalea dans tout ça? Hein?
 
Mais il suffira de lui rappeler, à ce vieil MC récalcitrant, à la manière de Lucious Lyon, parrain du game reconverti en homme d'affaires impitoyable:
 
"La controverse, c'est Hip Hop. C'est comme ça qu'on est devenus riches après tout"
 
La controverse à tout prix.
 
Lucious sait de quoi il parle, figurez-vous. Son flow lui vient des bas-fonds, "O.G." est bien plus qu'une petite coquetterie de rappeur en mal de street cred'. Lucious a trahi, trafiqué et même tué pour gravir les échelons. Trois fils laissant fortement à désirer et une ex-épouse déterminée à récupérer son dû pour lancer une intrigue à mi-chemin entre thriller et saga, entre Tupac et Dynastie.
 
Pas si éloigné du cours d'Enrique finalement...
Identité, culture et contre-culture, genre et race, mythes et mythologie, fiction et hip hop, narration dans la culture urbaine... Tout cela est vulgarisé (dans tous les sens du terme) et proposé à un large public; connaisseurs et néophytes pourront ainsi se faire leur religion.
 
Que la bataille commence.

 

23 décembre 2014

BLACK-ISH

(by Fal-bla-bla)
 
black: noir*
-ish** (suff.): pas tout à fait

(*quoi?! Tu savais pas?!)
(**aussi: onomatopée d'origine africaine signifiant l'exaspération)
-

Son de college band : Jesus Walks (← clic clic) de Kanye West en prélude.

Autant te dire que je suis séduite.
Et toi tu décroches, c'en est déjà trop: tu te dis que cette série, quoi qu'il en soit, c’est bien trop populaire (beRk!), pas assez  élitiste pour toi.
Kanye West, m’enfin… Quelle idée !
Laisse-moi te convaincre. Tenter du moins.
Parlons contemporain, parlons bien: Black-ish est une série urbaine. Euphémisme pour ne pas dire « noire », d’où le suffixe « ish » 
( « urbain » = noir policé ; la musique « urbaine », la mode « urbaine », le langage « urbain » et maintenant une série « urbaine »).
Le monde s’ « urbanise » , faut croire...
Ma foi.

Alors, je t’explique.
Notre héros (un peu anti sur les bords) déblatère, nous parle du rêve américain un peu distordu que vit sa famille:

"Et sur votre gauche, vous pouvez voir la famille noire américaine mythique et majestueuse, sortie de son habitat naturel mais toujours en lutte"
Le pitch est posé.
Ai-je vraiment besoin de t’en dire plus ?
Evoquer le Cosby Show à l’heure de la démystification serait malvenu, n'est-ce pas? 
Pourtant, comme j’aurais aimé te dire que Black-ish est le Cosby Show des années 15 !
Une famille noire évoluant dans un quartier monochrome.
Une adaptation, qui lui coûte une part de son identité et lui vaut un suffixe en prime.

Une lutte perpétuelle, à tout propos, comme pour se justifier.
L'Amérique noire "post-raciale" dépeinte à la télé, en somme. 

Car, apparemment, il est toujours nécessaire d'évoquer ces choses-là, vois-tu...
-
  
Notre héros se nomme Huxtable… euh… non, Dre.
Dre Johnson.
Plus noir, tu meurs.
Dre voudrait évoluer dans son entreprise.
On lui confie alors la direction du département culture « urbaine » (encore elle !)
Logique.
Et puis ce collègue imbuvable qui lui adresse des «  Yo! », «  Waddup?! » et « Keep it real! » en guise d’hommage à sa culture.
Dre est ingrat, dis donc: il ne goûte guère ces égards dispensés libéralement.
Pour ne rien arranger, son fils boude le sacrosaint basketball  pour s'adonner au hockey sur gazon et préfère se faire appeler Andy; Andy pour André. Hérésie!
 On s'insurge avec le père face à cette perte de repères avant de le trouver tout ça très mignon ; apothéose quand le fiston réclame sa propre bar-mitzvah.
On applaudit!

Heureusement, chez Dre, on mange encore du poulet braisé… au four !
Et la Soul Food alors? Commandée chez le traiteur.

Bref, Black-ish nous parle de syncrétisme, de mélange des genres, avec, qui plus est, un casting convaincant et sans concessions :
Tracee Ellis Ross (la fille de Diana) et Laurence Fisburne (producteur) pour te servir!


 
Alors, conquis(e)?
 

11 novembre 2014

CAMEL COAT


Winter is coming.
Eh oui, il sera encore question de séries ici...
 
Et d'hiver aussi.
 
L'hiver est presque là.
Il vous le fait savoir en déversant des seaux d'eau sur vos têtes méticuleusement coiffées.
A part ce détail (qui n'en est pas vraiment un pour moi puisqu'il me transforme instantanément en mouton, alors que le caractère moutonnier des choses me fait horreur...), l'hiver c'est une saison qu'on aime bien, n'est-ce pas?
A mesure que les degrés chutent, les vêtements s'empilent et nous, greluches, plus il y en a, plus on exulte.
Et puis les chocolats, les soirées au chaud...
Inutile de le nier, l'hiver c'est trop la classe!
L'été c'est vulgaire, l'hiver c'est super!
Voilà.
 
Puisqu'on y est - hiver, classe -autant parler manteau.
D'où le titre: coat.
(vous voyez, je ne perds pas le Nord...)
 
Alors voilà, pour tout vous dire, le trench (coat) a tenté un comeback plutôt timide ces dernières semaines.
Vous l'avez remarqué?
Non.
Moi non plus.
Il a été éclipsé par ce vulgaire été qui tapait l'incruste de la façon la plus inélégante qui soit.
Résultat: le trench coat a sauté la case pressing, boudé la rentrée et préféré se cacher dans nos dressings.
Incident diplomatique.
 
Fort heureusement, Olivia Pope s'est saisie du dossier.
Quoi? Ah. Je vois.
Non. Je ne vais pas m'énerver.
Vous ignorez qui est Olivia....
 
Très bien.
Olivia Pope est l'incarnation même de l'élégance
(sauf lorsqu'elle succombe aux avances de l'homme marié le plus puissant de la planète et, ce faisant, met en danger la sécurité des Etats-Unis, mais bon, passons...).
Olivia est donc devenue une icône de la mode.
Dès les premières saisons de Scandal, elle a décidé (Olivia décide toujours de tout, vous l'apprendrez bien vite) de réhabiliter le Camel Coat.
 
Vous entendez "Camel coat" et votre néocortex vous renvoie immédiatement cette image:
 
 
Max Mara. Bâillements frénétiques.
 
Une sortie de bain améliorée, informe à souhait, un truc trop large, qui nie tout sex appeal.
 
Mais Olivia en a décidé autrement.
 
 
Après avoir passé quelques coups de fil (trench sur le dos), notre camel coat, elle en a fait ça:
 
 
Trop forte, Olivia!
 
Voilà donc notre sortie de bain métamorphosée: col bénitier décomplexé, coupe sévère mais so fraîche, mépris total des fanfreluches.
Le camel coat: le manteau de fille fait viril.
 
Alors, oui, Olivia évolue dans les plus hautes sphères de la bureaucratie américaine; son manteau, elle l'assortit avec un tailleur au coloris neutre ou encore une jupe midi taille haute qui épouse sa silhouette exotique. La pâleur de la pièce flatte indéniablement son teint chaud.
Grant la voit, il succombe à nouveau. Exeunt manteau, jupe et chemisier: notre article tombe à l'eau.
Alors, oublions un peu Olivia...
Laissons-la se battre contre les bureaucrates et s'ébattre dans le bureau ovale.
 
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Le camel coat est donc une pièce des plus classiques.
Il dit: "Femme d'affaires BCBG, n'ayant pas de temps pour boutons ou zip. Faire simple mais élégant. Merci".
 
Le premier degré est donc permis et même prescrit: une base noire, des escarpins et le tour est joué!


Olivia Style
 
 
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On peut également opter pour un look plus casual en assortissant son camel coat avec sa bonne vieille paire de sneakers.
Et là, Olivia manque de s'étouffer sur une bouchée de pop corn.
Laissons-la donc tremper le pulpeux de ses lèvres nude dans le rouge du vin qui accompagne son mets de prédilection.


SNEAKERS X CAMEL
 
 

 
 
 
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Et puis, vous savez quoi? Tant qu'on y est, autant oublier la base neutre: associons notre camel à des imprimés bariolés ou encore des coupes osées.
Olivia est contrariée, à deux doigts de convoquer le B6-13: elle ne contrôle plus rien.
 
Qu'importe! On balance le dossier:
 

CAMEL X PRINT

www.streetpeeper.com 


Voilà. On opte pour le camel coat, à ses risques et périls.
Olivia, ou pas...

18 août 2014

ORANGE IS THE NEW BLACK

 
 
Piper Chapman est une WASP, inutile de le préciser: blonde, en manque de sensations fortes, enchaînant les remarques sarcastiques et s'efforçant de décevoir ses parents pour donner un sens à une existence bien trop lisse pour la contenter. Elle mène une vie artsy (hipstery, si j’osais…). C'est quoi son job déjà? Pourquoi cherche-t-elle à se faire embaucher dans un bar? On ne le sait pas vraiment... Quoi qu'il en soit, elle y croise la clé de l'intrigue, celle qui lui ouvrira les portes de mondes dont elle ne soupçonnait l'existence, y compris celles du monde carcéral. Le spectacle peut commencer, l'intrigue lancée. Elle sera vague toutefois, car basée sur le principe de l'analepse: les détails seront révélés graduellement au cours de flashbacks qui interrompent régulièrement l'action et rendent la série d'autant plus addictive.

The animals, the animals, 
Trapped, trapped, trapped 'till the cage is full
The cage is full
Stay awake
In the dark, count mistakes
The light was off but now it's on
Searching the ground for a bitter song
The sun is out, the day is new
And everyone is waiting, waiting on you
And you've got time
And you've got time

Piper atterrit donc prison, pleine de bons sentiments, piégée comme un animal en cage et, pour s'occuper, elle nous propose une galerie de portraits sur le mode omniscient, tout en se débattant avec ses propres démons: chaque personnage est décortiqué; de la prisonnière, au maton en passant par la direction et ceux qui sont de l'autre côté du mur, ceux qui attendent désespérément.
Pas de parti pris.
Tout sera dit.

Think of all the roads
Think of all their crossings
Taking steps is easy
Standing still is hard
Remember all their faces
Remember all their voices
Everything is different
The second time around

Piper Chapman n'est en fait qu'une version romancée de Piper Kerman, la véritable héroïne. Orange Is The New Black est une histoire vraie: tout comme son personnage, Kerman s'est retrouvée derrière les barreaux, défiant ainsi toutes les statistiques carcérales américaines. Un exploit. Et de cet exploit, elle a décidé de faire un livre, qui a ensuite inspiré la série. Aussi, il est intéressant pour le spectateur de tenter de distinguer la réalité de la fiction, en passant en revue anecdotes et personnages, se demandant s'ils ont réellement existé. 

-Crazy Eyes, la poétesse incomprise, un peu psychotique mais si attachante:

 
-Sophia la transsexuelle à l'histoire familiale complexe et poignante:
 

-Taystee, à la personnalité flamboyante et aux ambitions frustrées par un destin qui lui échappe, mais aussi son acolyte Poussey, au physique et au parcours atypiques:
 
 
 
 
-Nicky, l'ancienne junkie dont la crinière luxuriante n'a d'égal que les exploits luxurieux:
 
 
-Pennsatucky, la touche White Trash du casting, tant obsédée par le Christ que par la violence:
 

-Lorna Morello, l'italo-américaine raciste (sans qu'on puisse vraiment lui en vouloir) et horriblement (au sens propre, bien sûr) romantique:
 
 
-Daya et sa bande de Latinas hautes en couleur:
 
 
 
Bref, Orange Is The New Black est une série chorale qui célèbre la greluche, toutes origines, toutes orientations sexuelles et tous parcours de vie confondus. On y aborde un thème tabou et tous ses corollaires avec beaucoup d'humour et sans complexes.
Le rire succède bien souvent aux larmes et fiction et réalité se mêlent harmonieusement.
Bien sûr, on n'échappe pas aux clichés inhérents à un tel sujet, mais la série évoque la féminité - les féminités - avec une telle fraîcheur qu'on ne lui en tient pas rigueur et on serait même tentées de parler de féminisme, si on ne craignait de provoquer un débat sans fin...
 
Alors, en attandant la saison 3, contentons-nous de rire et de pleurnicher comme de vraies greluches devant chaque épisode, puisqu'après tout, c'est le but... 
 
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Pour plus d'information voici la biographie (en Anglais) de Piper Kerman et une interview de cette dernière au sujet de la série et de son expérience personnelle.