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mercredi 4 février 2015

"EMPIRE", LA SERIE "PLUS HIP-HOP TU MEURS"...



Depuis que le hip hop est devenu fréquentable, il est aussi devenu marketable, analysable; théorisable, si j'osais. Et ça je l'ai vite compris en constatant que l'université américaine que j'ai fréquentée il y a quelques années proposait un cours intitulé "Hip Hop Cultures".
 
Enrique, latino, gay et truculent (d'accord, c'est aussi pour ça que j'ai choisi son cours et aussi parce qu'il me battait au poker tous les samedis soirs) dissertait des heures durant sur la mythologie hip hop, entouré de disciples WASP à une exception près (moi, donc), dans un cadre évoquant un remake très bon marché et très 21ème du Cercle des Poètes Disparus.
 
On y décortiquait l'émergence d'un phénomène, ses différentes expressions et son évolution. On y écoutait des extraits, comparait, débattait. Je rendais toute leur légitimité à IAM et NTM (paix à leurs âmes), refourguais du Diam's et de la boulette avec une candeur qui m'émeut encore des années après, et, surtout, découvrais ce qui m'avait jusqu'alors semblé anodin sous un jour neuf: celui de l'art et de la sociologie.
Epiphanie. Mais alors pourquoi étais-je la seule à éprouver tant d'enthousiasme? Ou plutôt, pourquoi étais-je la seule noire (ou latino, quand j'y pense) à assister à ce cours? Etais-je donc la seule de ma couleur à accorder du crédit à un des genres musicaux les plus racialement marqués? "I should take this class next semester. Never considered it", me rétorqua le charmant étudiant en média du service informatique qui m'avait aidée à monter la compile destinée à étayer ma présentation du hip hop made in France. Un "Assassin de la police" traîne encore sur le disque dur d'un jeune cadre, quelque part en Amérique. Il semblait que pour lui, le hip hop n'eût jamais été fait que pour danser et secouer la tête machinalement et non pour réfléchir et débattre, creuser et analyser. Etrange regard posé sur sa propre culture.
 
Pourtant, le hip hop que nous proposait Enrique se racontait non seulement en rimes et en flow, mais aussi à travers les jeux de mots, les tropes, l'imagerie dense, la richesse des textes et l'intertextualité de rigueur dans un art en pleine construction. Loin des clichés, on reconnaissait à ce son de la rue son véritable statut d'expression artistique, fertile et honorable. On feuilletait des livres, qu'on analysait comme on eût analysé un Roth, un Ford ou un Carver.
J'en restai là: la tête pleine de nouvelles idées sur ce qui allait désormais devenir ma musique de prédilection, m'éloignant doucement mais sûrement des niaises mélodies sucrées que jouait régulièrement mon Ipod fraîchement acquis. Impossible, désormais, d'écouter un morceau sans en analyser la portée sociologique ou la rattacher à tel courant, tel mythe ou tel sous-genre.
 
Un jour, des années plus tard, au hasard de mes pérégrinations virtuelles, je tombai une série de télé-réalité ("Love and Hip Hop") mettant en scène des figures un peu dépassées de la scène hip hop contemporaine, de la manière la plus indécente qui soit. Y étaient évoquées leur vie sentimentale et professionnelle (voir l'article qui y fut consacré). Le hip hop était donc devenu mainstream, selon la loi qui veut que n'est underground que ce dont on se méfie et qui paraît distant, voire inapproprié: voilà le hip hop banalisé par sa simple association aux mots "love" et "VH1". Je compris que la rue avait envahi les confortables salons américains, mais qu'elle avait aussi dû d'essuyer les pieds et laisser les Timbs à l'entrée. "Amour, Gloire et Hip Hop", la violence en plus et les "bip" stridents en guise de ponctuation. Ca fait plus authentique, vous savez.
 
Plus récemment, l'accession du hip hop au mainstream connut une nouvelle étape, et pas des moindres: il me fut donné, lors d'une énième virée sur YouTube, de visionner la bande annonce de "la série événement de l'année", qui n'en est qu'à ses balbutiements mais fait déjà beaucoup parler: "Empire".
 
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Mieux que la crack tv, le crack opera, la série hip hop qui me rendrait accro comme jamais. J'aimerais ça, j'en redemanderais même si c'était bourré de clichés pour mieux convaincre ceux qui avaient regardé le genre avec dédain pendant toutes ces années.
 
Tout cela était éloigné du Hip Hop d'Enrique, bien sûr. Le genre sacrifiait un peu de sa noblesse pour mieux vendre. Il choquerait sans doute le vieil MC, puriste forcené, un peu party pooper sur les bords et plié sous le poids du bling écaillé: le hip hop vendrait donc son âme au diable pour engranger davantage de profits. Controverse, polémique sans fin.
Le hip hip doit-il rester street, hood? Faut-il le nettoyer? Le rendre classe et arty? Et Iggy Azalea dans tout ça? Hein?
 
Mais il suffira de lui rappeler, à ce vieil MC récalcitrant, à la manière de Lucious Lyon, parrain du game reconverti en homme d'affaires impitoyable:
 
"La controverse, c'est Hip Hop. C'est comme ça qu'on est devenus riches après tout"
 
La controverse à tout prix.
 
Lucious sait de quoi il parle, figurez-vous. Son flow lui vient des bas-fonds, "O.G." est bien plus qu'une petite coquetterie de rappeur en mal de street cred'. Lucious a trahi, trafiqué et même tué pour gravir les échelons. Trois fils laissant fortement à désirer et une ex-épouse déterminée à récupérer son dû pour lancer une intrigue à mi-chemin entre thriller et saga, entre Tupac et Dynastie.
 
Pas si éloigné du cours d'Enrique finalement...
Identité, culture et contre-culture, genre et race, mythes et mythologie, fiction et hip hop, narration dans la culture urbaine... Tout cela est vulgarisé (dans tous les sens du terme) et proposé à un large public; connaisseurs et néophytes pourront ainsi se faire leur religion.
 
Que la bataille commence.

 

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