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mardi 18 juin 2013

YEEZUS by KANYE


Article écrit dans les minutes qui ont suivi la première écoute de l’album, le matin de sa sortie; on est comme ça ici, dévouées, passionnées. Article écrit à la réécoute, à lire en écoutant...

On redécouvre la pochette. Minimaliste, froide, fonctionnelle. Visiblement, l’artiste ne cherche pas à épater. Il entre dans le vif du sujet : ce qu’il vous vend c’est de la musique. Fini le circus et les simagrées. Alors vous écoutez ?

D’accord, d’accord. Laissez-moi consulter la liste des titres. Ya une liste des titres quand même, non ? Bien.

Dix. On se dit qu’après tant d’attente et un teasing digne de la dernière publication de Dan Brown, on aurait pu en avoir plus quand même.

Passons.

Premières notes, « On sight »: un son froid, presque métallique. Kanye nous tient à distance. Mais elle est où la soul ? L’oreille s’y fait vite : le son est blanc, minimaliste. En même temps, si on s’est précipité sur cet album c’est parce qu’on voulait être surpris, choqué, retourné. C’est ce qui se passe : perte de repères. Jungle Fever : le hip hop se tape la froideur de l’électro. Et puis, un chant de chorale. Les beats froids reviennent. Il nous bat froid. Kanye joue avec nos nerfs.

Les genres se confondent à nouveau. L’oxymore s'impose : « Black Skinhead », un fond gothique, un son menaçant, un flow essoufflé. Kanye court après ses contradictions. Black Panther / Black Skinhead. Le son imite cette confusion. On est acculé, pris en otage, mais on veut rester.

C’est froid encore. Attendez, des rythmes dancehall. Fausse alerte : juste une allusion évanescente. La froideur reprend le dessus. Les mots claquent : « I am a God ». ; On reconnaît enfin Kanye. Mégalomanie assumée. Le flow devient familier. La colère est toujours rentrée. Mais c’est bien Kanye qu’on entend : un « Jesus » vient d’être lâché. Point de doute. Arrêt inopiné. Retour à la fin. Césures sonores. Vous avez remarqué?

La froideur persiste, mais la voix de Kanye se fait plus chaude. « New Slaves ». Les bonnes vieilles marottes reviennent. On sent venir du « Strange Fruit ». On aimerait presque dire que ce titre est le nouveau « Strange Fruit », non ? Mais ce n’est pas trop le sujet, alors on n’ose pas trop.

« Hold my Liquor »: in vino veritas. Le flow d’antan ressurgit, gémissant, fragile, enfantin. Il titube. C’est le Kanye qu’on aime : il le dit d’ailleurs « You love me when I ain’t sober, You love me when I’m hungover. » Mais oui, Kanye, mais oui.

Avec « I’m in it ! », la rhétorique sexuelle que Yeezy affectionne tant reprend le dessus. Il en était question cà et là, mais ici c’est du concentré. Il vous le dit: "I mean it!" Le fameux rythme dancehall décadent qui était évanescent devient envahissant. C’est jouissif. Les derniers vers ont un arrière goût de Jay Z, flow laid back, onomatopées en guise de ponctuation. Hommage à Hov.

On passe à tout autre chose. L’écho de Nina Simone résonne. C’est bien ce qu’on avait pressenti. « Strange fruit ». Il a donc osé. « Blood on the Leaves » serait donc le nouveau « Strange Fruit ». Ce n’est toujours pas le sujet. La voix de Nina plane sur une romance maudite, les fruits morts d’une relation naissante. La voix de Nina perce. On se sentirait presque coupable. On savoure un son et des mots désinvoltes sur un sample qui rappelle les pires heures de l’histoire américaine. Kanye nous emmène avec lui. Le malaise s’installe. Bien. C’était le but.

Sans transition, « Guilt Trip », puis «Send it up ». La voix dancehall sort de l’ombre. Elle se confond avec le beat mécanique du début, mais le plaisir est de courte durée. Dernière confusion des genres. Car « Bound 2 » c’est du Kanye dans le texte et dans le flow. La nonchalance, l’impertinence, la rime facile, la soul qui enrobe le tout. La boucle est bouclée : Kanye retourne au bercail et nous quitte sur un « Unh-huh, Honey ». Il aura joué avec nos nerfs jusqu’au bout. Nous voilà rassurés.


"Strange Fruit", Nina Simone
 

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