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mardi 9 février 2016

LES 5 LEÇONS A RETENIR DE LA "FORMATION" DE BEYONCE





"Formation", le nouveau titre de Beyoncé a, comme par hasard, été dévoilé la veille de sa mémorable prestation au Super Bowl (oui, elle a failli tomber, et alors?! Passons...)
 
D'aucuns y ont vu un énième étalage superflu de chair et un vulgaire enchaînement de chorégraphies suggestives susceptibles de pervertir la jeunesse.
Certes.
 
Aujourd'hui, si on a pris la plume et interrompu des vacances bien méritées, c'est pour partager avec vous quelques unes de nos trouvailles, et après avoir vu le clip au moins quarante-trois fois. C'était prévisible.
 
Voyez-vous, comme son nom l'indique, "Formation" regorge d'informations et confirme le tournant amorcé il y a deux ans par l'album éponyme "Beyoncé" et que nous évoquions dans l'article "Drunk in Beyonce".
 
On s'est efforcées d'être claires et concises cette fois-ci (un peu comme dans "Bitch Please?!", en un peu moins confus... ^^) et on a décidé de retenir cinq leçons de ce clip qui fera date (si, si, puisqu'on vous le dit...)
 

Leçon 1:
Beyoncé virevolte autour des rageux 
"I twirl on them haters"

Référence explicite à un passé de reine de beauté et hommage évident à Kenya Moore que les amateurs de scripted reality noire américaine auront noté et approuvé ( (re)lire "Crack TV" si besoin).
Au-delà de la portée purement militante, "Formation" est avant tout  l'occasion pour Beyoncé de régler quelques comptes, façon hip hop. Cela faisait longtemps qu'elle observait du haut de son trône ceux qu'elle appelle presqu'affectueusement "haters", qui agissent tapis dans l'ombre et dont l'existence consiste essentiellement à commenter ses moindres faits et gestes et à répandre rumeurs et calomnies.
Y seront évoqués tour à tour, et avec beaucoup d'humour, sa supposée affiliation aux supposés Illuminati, l'afro de sa fille et même le blase de son mari. A toutes les critiques Beyoncé rétorque que le succès est la meilleure revanche et refuse de jouer les chiffonnières de bas étage.
Cet état d'esprit est confirmé par une voix off, qui lâche, imperturbable: "Bitch I'm back. By popular demand". Cette voix aux accents sudistes et surtout transgenres, celle du défunt humoriste Messy Mya, cadre parfaitement avec un des tableaux que propose le clip.
Nous voilà transportés sur un porche à l'architecture typique la Nouvelle Orléans. Beyoncé nous y attend tout de noir vêtue et c'est en prêtresse vodou qu'elle officie, cerclée d'hommes noirs de tous âges, à l'accoutrement anachronique - seraient-ils des valets ou des esclaves de maison? Les lumières de la vieille bâtisse clignotent et c'est une Beyoncé possédée qui orchestre le retour de Messy Mya d'entre les morts, acte de résilience ultime.
Quoi qu'il arrive, elle aussi sera toujours de retour.
 



Leçon 2:
Beyoncé massacre des gens à ses heures perdues 
"I slay!"
 
La voix de Messy Mya est vite rejointe par celle de Big Freedia, artiste transgenre et reine de la  bounce, qui déclame, goguenard: "I did not come to play with you hoes, haha. I came to slay, bitch!"
Et Beyoncé de leur emboîter le pas: "I slay!" s'exclame-t-elle à plusieurs reprises.
"Massacrer" ou "faire un carnage", être au-dessus de la mêlée en somme, voilà une belle façon de rendre hommage à la culture transgenre noire, victime à double titre de l'intolérance.
Massacrer, donc; ironique pour qui connait le destin tragique de Messy Mya, dont l'obscur assassinat demeure à ce jour impuni.
En s'identifiant à cette culture, en reprenant ses codes et son jargon et en parsemant sa chorégraphie de quelques pas de voguing et de bounce, Beyonce tente, avec succès, de faire sortir du placard un phénomène hélas encore tabou dans la culture noire américaine.
Accepter sa différence serait en substance le message de "Formation".
Voyons si la suite le confirme...


 
Leçon 3:
Beyoncé a toujours de la sauce piquante dans son sac. 
"I got hot sauce in my bag. Swag!"
 
D'abord, on se dit qu'elle nous ressemble beaucoup, cette Beyoncé
(oui, comme nous toutes, elle trimballe un grand sac dans lequel elle aura pris le soin de ranger toute sa vie).
A part ça, elle célèbre aussi et surtout la culture à laquelle elle appartient. De Red Lobster, au cornbread, et autres collard greens, à la banalisation du mot "Negro", en passant par le magasin de beauté "ethnique", où nous attendent trois jeunes femmes, auxquelles on collera facilement l'étiquette "ghetto", et qui toisent le spectateur, perruque à la main, l'air de dire "et alors?", Beyoncé s'applique à brandir les stéréotypes dont souffre sa culture et à se les réapproprier pour mieux les revendiquer.
Elle évoquera aussi fièrement, en mots et en images (tenues, portraits d'époque et architecture typiques de la société créole d'antan) ses racines sudistes: l'Alabama paternelle, la Nouvelle-Orléans maternelle et le Texas pour creuset d'un brassage réussi, au confluent de la négritude et de la créolité, qu'elle nommera "Texas Bama" (on ne peut s'empêcher d'y déceler une référence à Obama, mais ne sachant plus où donner de la tête, et ayant les neurones en compote au bout de la troisième leçon, on n'a pas la force de s'y attaquer, faites-en ce que vous voulez...)
Et pour allier le geste à la parole, la chorégraphie empruntera quelques pas au voguing et à la bounce, évoqués plus haut, mais aussi au folklore africain et à la Revue Nègre de Joséphine Baker.
"Formation" est donc aussi à lire comme un acte de réappropriation culturelle, façon James Brown ou "What's going on?" des années 10.
Vous le sentez: on touche au génie.



 
Leçon 4:
Il se serait passé quelque chose à la Nouvelle-Orléans... 
"What happened at the New Wil'ins?"
 
Et à Ferguson aussi...
Il n'est plus permis d'en douter: la question noire est bel et bien au centre de "Formation".
Le clip s'ouvre d'ailleurs sur un plan large où l'on aperçoit une Beyoncé couverte de la tête aux pieds (assez rare pour être noté), accroupie en l'attitude du spectateur consterné, sur une voiture de police de la Nouvelle-Orléans, plongée dans l'eau, au milieu de maisons inondées. La référence à l'Ouragan Katrina est indéniable, d'autant que Messy Mya s'interroge: "What happened at the New Wil'ins?". Comme si la question méritait d'être posée. Comme pour souligner l'hypocrisie d'une Amérique blanche qui fait mine d'oublier.
La voiture coule, à l'image d'une communauté abandonnée par un système défaillant et submergé par ses propres contradictions.
La voix de Messy Mya accompagne des images inquiétantes (la ville à la nuit tombée, des quartiers chauds plongés dans l'obscurité, où rôdent des silhouettes noires à vélo) que vient contraster un gros plan sur un dos flanqué du logo de la police locale.
On se sentirait presque rassurés si on ne connaissait que trop bien la fin de l'histoire.
Un jeune garçon à capuche danse sans relâche face à un cordon de police hostile et en surnombre. Ses pas précis et méthodiques, en dépit de son jeune âge, semblent invoquer l'esprit de Trayvon Martin (et avec lui, ceux de Mike Brown et de Sarah Bland).
Tout comme Messy Mya, il marque le retour résilient et triomphant d'une victime notoire de l'injustice et de l'intolérance, qui finira par faire plier ses bourreaux sans violence et sans haine.
Musique et danse comme moyens de sublimer l'adversité. L'histoire s'entête.
Mais le peuple veille, semble nous dire Beyoncé.
 


Leçon 5:
L'espoir fait vivre
 "Ok, now ladies, let's get in formation!" 
 
Une fois le constat posé, l'heure est à la sommation: "Formation" est en effet une injonction de rassemblement adressée aux femmes, à toutes les femmes, une exhortation à maîtriser l'information, à l'image des activistes du mouvement Black Lives Matter, dont l'usage remarquable des réseaux sociaux et des moyens de communication ont contribué à la poursuite du combat sur le terrain et dans les médias. Un appel à plus de solidarité, aussi ( "prove to me you got some coordination" ).
La femme noire y est dépeinte comme un être fort et influent, un Bill Gates en devenir, qui récompensera à l'occasion son homme, lui offrant un diner chez Red Lobster, un tour d'hélicoptère et une nouvelle paire de Jordan. 
A l'image de la prêtresse vodou, debout et fière sur le porche d'une maison coloniale fondée sur l'injustice, et dans une Nouvelle Orléans en pleine reconstruction, elle veille sur une communauté dont les hommes demeurent menacés par un système se nourrissant encore de préjugés...

 
 
On vous l'avait dit, ce truc est profond...
 
 

2 commentaires :

  1. Bonjour,

    Ton article est très bien rédigé. J'ai lu que le terme "Bama" est péjoratif aux États Unis. Il désigne la population du Sud et notamment le Texas. Elle l'utilise pour envoyer une nouvelle pique aux détracteurs je suis Beyoncé et je suis une bama, d'ailleurs les joueurs de basket portent un maillot avec le terme bama inscrit dessus.

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    1. Merci pour ton commentaire et pour cette précision surtout! J'ai tenté "Obama" mais c'est vrai que j'ai oublié de parler de l'origine de l'expression "Bama". Heureuse que l'article t'ait plu! <3

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