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samedi 27 juillet 2013

LA FILLE QUI DONNE LE PRIX


Déjà, le titre n'est pas exact mais le ton est donné. Déception et révélations. Tu comprends, la fille qui donne le prix ne s'arrête pas la, elle te donne le prix, la marque et même la date, si tu veux. Et après, tu as fini de rêver. Elle est comme ça la fille qui donne le prix. TMI, n'est-ce pas Plume de Boa? Elle rompt le charme, se joue des convenances. Transparence.

La fille qui donne le prix. On l'appelle LFQDLP, tu veux bien? LFQDLP c'est comme un journaliste qui donne ses sources. Elle est où la déontologie? Ça ne se fait pas!

LFQDLP sévit sans crier gare. Le fard et l'apparat qui l'entourent ne sont que des leurres. Inutile de le dire, tu tomberas quand même dans le piège. Elle frappe quand tu t'y attends le moins.
Tu es sûr(e) de ton coup ce soir: elle a mis une robe. 


Du jacquard, on dirait. Le cliché n'est pas flatteur; une pièce bien travaillée pourtant, imprimé animal discret, jaune de saison (un jaune fier mais pas criard, un truc élégant mais surprenant). Surpris(e), tu l'es. "Elle a osé". Et le panama n'arrange rien. Mais elle ose toujours LFQDLP. Alors toi aussi tu te lances: "Waouh! Elle est belle, ta robe". Tu t'attends à un "merci" un peu gêné en retour. Ou peut-être ne t'attends-tu à rien d'ailleurs... Il fallait que ça sorte. Te voilà soulagé(e). B.A. du jour. Bévue à suivre. On saute l'étape du "merci". Il n'y en a pas. Il y a urgence. "39,90 (le chiffre d'or, dira Plume de Boa) Zara". La ponctuation et les articles, verbes et conjonctions c'est trop cher. Elle va au plus simple, LFQDLP: elle passe aux faits, nus, sans accessoires ni transitions. Des chiffres, un nom, majuscule et copyright. Fais-en ce que tu veux. 

Cette robe tu lui aurais tout donné, à la limite des trois chiffres (sans tout à fait les atteindre, quand même); tu la voyais trôner fièrement sur son cintre en bois de chêne, sous la lumière tamisée baignant le portant immaculé et parsemé, car la qualité s'expose en petite quantité et en toute simplicité. Tu l'imaginais dans un magasin dans lequel tu aurais pénétré, l'air gauche, le sourire encourageant de la vendeuse distinguée t'y aurait comme aspiré(e). Tu voulais et maintenant tu te sens piégé(e). Et puis dans ce cadre onéreux, tu serais tombé(e) nez à nez face à cette pièce rare, ton portefeuille aurait frémi dans ta poche car il aurait senti ton cœur hurler "J'ai besoin de cette pièce dans ma vie". Tu l'aurais levée, la robe. Et tu connais la suite. 

Seulement, en réalité, la robe, elle avait juste supplié LFQDLP de la délivrer de cette vie de misère, oppressée qu'elle était sur son portant encombré, pendue à ce cintre en plastique gris souris, dans l'anonymat textile le plus total. Tu n'aurais jamais voulu le savoir. C'est la partie moche de l'histoire, celle qui doit rester en coulisses. C'était sans compter sur LFQDLP. Coup de théâtre! Glasnost! 

Car c'est bien un acte militant que cette obsession de la transparence en mode. Tiens, une petite robe noire.

Pas de lien avec sa couleur, mais la PRN incite souvent à la discrimination positive. On la voit, souvent fluide, fragile, coupe simple; elle ne souffre pas l'artifice. On lui donnerait du Sandro, du Maje ou du Comptoir des Cotonniers sans concession. Comment en deviner la provenance ou la facture? CV anonyme du vestiaire, la PRN vous dupe et vous consentez! 


LFQDLP te laisse rêver un instant. Tu y crois. Elle te l'assène au moment le plus critique: "Berschka, 19.90" Ce n'est pas tant le prix qui te laisse pantois(e) et te fige dans l'effroi. Berschka?! La vitrine cheap de Zara, là où fluo et léopard coexistent en harmonie sous une pluie incessante de strass et de paillettes. Et si tu la soumets à la question, LFQDLP se confessera sans pudeur: "Je sortais du magasin, je l'ai vue, je l'ai envisagée embrassant mes hanches et flattant mes jambes, je l'ai levée et j'ai pris le chemin de la caisse. 19.90, ça se réfléchit pas" Elle est comme ça, LFQDLP, elle ne réfléchit pas.

Elle manque de pudeur surtout. Les mariages ne lui font pas peur. Novembre, mois austère; mais qui se marie en Novembre?! Quelqu'originale qui ne fait rien comme les autres, sûrement! LFQDLP ne sait quoi porter. Elle fouille, explore, déterre, roule en boule et tombe sur ça:


C'est donc fière que LFQDLP traverse les rues du deuxième arrondissement de la capitale. "Who's that girl?" Reflets dorés sur peau marron défiant grisaille et regards circonspects. Elle ose, elle ose, mais elle n'a pas fini de choquer. Assise à la table familiale, les compliments pleuvent. Elle fait la moue mais reporte le moment de la révélation. Elle anticipe avec beaucoup de malice le moment fatidique où tout cet émerveillement sera balayé par ces quatre chiffres magiques qui résument toute l'histoire du prêt-à -porter; balayé par cette vérité crue, ce je-m'en-foutisme assumé. Elle se lance lorsque la profusion de bons sentiments devient écœurante: "Et pourtant! Ce n'est pas grand-chose: 39.90, chez H&M, il y'a deux saisons" (c'est un mariage, il faut faire la conversation, tu sais, alors les fanfreluches linguistiques encombrent le discours). L'émoi parcourt la table. LFQDLP, serial-choqueuse, observe l'assistance, décèle, déception, désillusion et même rancœur dans certains regards. Elle savoure. Mais les criminels, tu le sais, multiplient les risques au gré de leurs forfaits, pour se faire attraper certainement, pour qu'on les aide à arrêter peut-être... LFQDLP ne déroge pas à cette règle psychopathologique: le choc la grise, la surenchère l'attise. "Ma pochette, là (elle l'exhibe fièrement) je l'ai trouvée hier, à la dernière minute" On passe à table, rien ne te sera épargné, pauvre victime consentante: "New Look, 14.99" C'en est trop! Le pater familias est excédé, contraint d'intervenir: "Ce n'est pas très élégant de donner le prix de ce qu'on porte". Rappel des convenances: pas de ça chez nous. Le père est descendu de sa chaire magistrale. Victoire! La plus belle!

Ca ne se fait pas, donc. LFQDLP le sait bien mais porte tout de même son goût prononcé pour le misérabilisme en bandoulière; le paradoxe, elle aime; détourner les clichés, son sacerdoce. Acte militant;  LFQDLP terrorise pour faire réfléchir: qu'importe le bout de chiffon, pourvu qu'il la dise et chante l'histoire qu'elle a décidé de te raconter aujourd'hui. Elle tomberait presque dans les clichés, elle te dirait presque que les apparences sont trompeuses et que la mode est un jeu - poker de préférence; l'important c'est d'empiler un maximum de jetons pour multiplier ses chances. Inutile de se ruiner pour ça.

Mais elle préfère continuer de sévir pendant que tu inspectes avec minutie cet article hors de prix que tu mettras trois paires de fois pour ne pas l'abîmer, pour le rentabiliser. Elle en a, de ceux-là, mais elle ne t'en parlera pas; ceux qu'elle préfère, ce sont les moins chers.

Tiens, hier, elle a battu un record, elle a commis un carnage, marqué les esprits. Parler d'indécence ne serait pas superflu:


Berschka, 7.95.

La Fille Qui Donne Le Prix, c'est moi! 

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