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vendredi 22 février 2013

DE LA DIFFICULTE D'AVOIR DU STYLE


(by Plume de Boa)

Auto-dédicace à une fille qui rêve « d’avoir du style » (vaut d’ailleurs autant pour les vêtements que pour l’expression écrite)

Acheter des fringues sympas, (presque) tout le monde peut le faire. Les magazines regorgent de conseils pour nous aider à accorder tenues et accessoires, harmoniser les couleurs des vêtements, s’approprier les tendances de la saison.

Sauf que dans la vraie vie, chaque matin à l’heure fatidique de l’habillage, c’est le grand questionnement métaphysique dans le plus pur style « dans quelle étagère ? » qui m’assaille devant mes piles de pulls. Parce que je ne me ruine pas en achats de vêtements dans le seul but de « ne pas mourir de froid ». Que nenni ! Mon ambition ultime, ma quête du graal personnelle –entres autres-  c’est celle de réussir, un jour, peut-être à « trouver mon style ».

 « Avoir du style ». J’adore cette expression : pour moi, elle relie la mode à la personne pour trouver une correspondance entre l’être et le paraitre, montrer et donc affirmer dans une certaine mesure sa personnalité. Malheureusement, en ce qui me concerne, question look, y’avait du boulot.

En mode « enfant loup»

J’ai grandi dans une famille où la mode a à peu près autant d’importance que la contribution de Paméla Anderson au concept de « distinction ». Tout enfant déjà, je n’ai guère pu m’appuyer sur le modèle féminin matriarcal. Ma mère ne m’a pas transmis l’amour des virées shopping et des belles matières, l’importance cruciale de ne pas combiner plus de trois couleurs ensemble ou tout simplement de ne pas sortir en chemise de nuit dans la rue (sans culotte). Parce que ma mère, c’était le genre à porter les vêtements de mon père le weekend, chaussures comprises, parce que plus rapides à enfiler, plus pratiques pour promener le chien, brûler des troncs entiers pour dégager le jardin ou tout simplement courir après  ses trois morveux. Trop occupée à sa vie de femme moderne, niveau look, mère me laissa entièrement tranquille de ce côté là. Et elle aussi d’ailleurs.

Ce en quoi je la remercie. Je n’ai pas été de ces petites filles tout de rose vêtue, des nattes dans le vent et un poupon sous le bras. Je n’ai rien contre, mais en tant qu’enfant, je n’avais rien pour non plus. Les jupes me faisaient horreur, ignobles petites choses tournoyantes qui m’empêchaient de me vautrer un peu partout, moi l’amie des bêtes et de la sieste sauvage. Les vêtements ne m’intéressaient que dans la mesure où ils me permettaient de me déguiser en cheval marron ou d’aller à la plage. Pour le reste, si je portais une jupe c’était avec des collants en laine, plus résistants mais que je finissais toujours par trouer. C’est ce qui arrive quand on joue à la baston avec ses gentils petits camarades.


Je n’ai commencé à choisir mes vêtements qu’à partir du collège. Avec l’ambition de me couler dans la masse pour me sociabiliser et d’aventure, parvenir à me lier d’amitié avec mes congénères. Sauf que j’avais pas trop bien assimilé le truc et l’audacieuse enfant que j’étais alors n’hésitait pas à associer motifs bariolés et chatoyantes couleurs. Les coupes étaient bien souvent déstructurées (raccord avec les cheveux, c’est papa qui me coupait la frange et parfois les paupières avec). Je n’avais peur de rien, chaque vêtement hérité de ma grande sœur  était un nouveau défi, j’osais tout, me permettais tout. Faut dire qu’à 11 ans, j’avais encore un beau ptit cul, les jeans tombaient super.

Parmi ces combo de la mode, je garde un souvenir ému de ma parka vert amande col en fausse fourrure amovible, doublure tapisserie/ pull trop grand en laine multicolore/ et l’inégalable caleçon à motifs enfoui dans de grosses chaussettes, si emblématiques des années 90.

Tout ce grand déploiement de style dans l’espoir fou de plaire aux jeunes gens de mon âge. 

Ce fut un échec.

Si les vêtements ne sont pas les seuls à incriminer –peut-être que jouer aux billes en attendant le bus, ou m’adonner aux joies du  catch sur les bancs en béton de la cour ne m’aidèrent pas beaucoup- mes tentatives stylistiques ne me menèrent nulle part, sinon à la solitude.


La seule chose qui me conférait un peu de respect de la part de mes petits filous de camarades, c’était que je me débrouillais pas trop mal en dessin. A l’occasion, ils m’octroyaient le droit de décorer leur cahier de texte de petites bonnes femmes sexys. On me disait « ooohhhh, tu dessines trop bien », j’étais reconnue, j’étais heureuse. Las, ça ne durait jamais longtemps.

En mode « je m’affirme »

Mes jeunes années se poursuivirent ainsi sous le signe morose de l’absence totale de goût pour les choses de la mode. La mode, c’était pour les autres, celles et ceux qui réussissaient leur vie sociale et que j’avais appris à détester autant que je leur étais indifférente. Tristesse.

Le plaisir que procure l’achat d’un nouveau vêtement, je le vivais en solitaire, après avoir supplié ma sainte de mère de nous trainer à Kiabi, ce temple du bon goût à prix défiant toute concurrence. Je choisissais des vêtements que je trouvais cool : short vert pomme à laçage en croisillons, fausses paladiums compensées, pantalon trompette. C’était alors la coupe à la mode. Là où ça commençait à déraper, c’est qu’il était en râpe de velours violet et imprimé dragon doré. C’était pour le moins un motif audacieux, de la pièce forte ou je ne m’y connais pas.

 Je ne m’y connaissais pas.

 Ma garde-robe s’étoffait de pièces originales au potentiel fashion affirmé. Malheureusement,  je ne portais ces petites merveilles que le weekend, en goûtant secrètement au bonheur d’avoir de « beaux » habits (ahem) qui m’allaient trop bien, alors que tout le monde pensait que j’avais un goût de chiotte et une silhouette d’endive. Qui avait raison ? Comme je ne me montrais pas, nul n’a pu juger, nul ne le sait. C’est du moins ce dont j’essaie de me convaincre, regarder la vérité en face serait trop douloureux.

En attendant le jour où le monde entier aurait reconnu son erreur et m’aurait enfin considéré comme la fille stylée et trop cool que je croyais être, je continuais à dessiner des femmes avec le détail de leurs tenues, inventais les futures robes de mariées de mes « copines »… Quand on me demandait ce que je voulais faire dans la vie plus tard, je répondais styliste ou illustratrice de livres pour enfants.

Et ainsi plus ou moins jusqu’à ma majorité. Après le lycée, l’envie de porter des vêtements qui me plaisaient vraiment et d’en finir avec l’uniforme de « la petite intello triste» que je me croyais obligée d’arborer pour correspondre à ce que l’on attendait de moi, me reprit.

Bien plus que d’être dans le coup, je voulais « avoir un style ». J’ai donc (re)commencé à me lâcher. Pull camionneur à paillettes, tennis de ville kaki-orange, tricots de noël confectionné par mémé Josette, jupe et  bottes compensées en similicuir…  Si j’avais le mérite de l‘originalité, je dois bien reconnaitre que je m’habillais toujours aussi mal. Mais peu m’importait.

J’en avais fini avec l’enfer des études du secondaire et je commençais à comprendre que le désir d’être populaire, c’était le must du ringard.

En mode « je fais un peu ce que je veux après tout »

Ainsi la route fut longue et difficile, à croire que « le fashion faux pas » c’est moi qui l’avais inventé… Mais peu à peu, en gagnant en âge, en expérience et aussi un peu en budget fringues, je commençais à me confectionner sinon un style, du moins un petit look qui me permettait de me sentir bien dans mes baskets/escarpins/souliers de vair et autres tongs.

Je n’ai pas la prétention de m’habiller bien et mon ambition de posséder un style ne sera sans doute jamais qu’une quête mystique sans fin. Ma formation a été chaotique, je n’ai pu m’affirmer que comme une autodidacte, envers et contre tous. Surtout contre moi-même. J’ai été la première victime de mes manquements à la sape. Je ne suis finalement pas devenue styliste (ni même illustratrice, d’ailleurs). Ma formation, je l’ai faite en séances de shopping régulières au centre commercial -rien ne vaut l’expérience de terrain- avec option internet renforcée. Je traque les offres de réduction pour assouvir ma soif de collectionneuse, je « guette the look » dans la rue, m’inspire des pages modes dans TOUS les magazines (même ceux des programmes télé), rend mes hommages quotidiens aux blogs de mode.

Aujourd’hui, j’ai troqué mes santiags et mon cuir un peu zone pour une armoire pleine à craquer d’habits en tout genre. Tout me plait dans la mode, parce que je la vois comme un jeu. Me fringuer tous les matins, choisir ma tenue, ça me met la banane (le sourire, pas la coupe j’ai de l’audace mais quand même). Porter ma nouvelle petite robe pour une soirée, arborer fièrement mes dernières pompes devant les copines, baver devant les nouvelles collections des créateurs autant que des grandes enseignes de prêt-à-porter, ça me met en joie.

A ceux qui accusent la mode d’être superficielle, je leur réponds qu’ils ont raison. La mode est faite pour s’amuser, pour changer. Rien de plus affligeant qu’un modeux qui prend la pause comme il se prend au sérieux. Pour moi, la mode, la vraie, est aussi créative que divertissante et peut être pleine d’humour. La preuve avec mes looks d’ado. Ahah. Dans mon cas, elle est également réconfortante quand je prends temps de composer ma silhouette avant de me lancer à l’assaut d’une journée.

Finalement, j’ai gagné en style en gagnant en confiance, moi qui pensais naïvement que c’étaient les vêtements qui m’aideraient à me sentir mieux. On ne peut pas changer de peau, ni de personnalité. Mais on peut s’éclater en changeant de fringues. Je trouve que c’est toujours une bonne nouvelle.

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